Chronique Charly 9 de Jean Teulé, Richard Guérineau

Guillaume Boutreux Librairie M’Lire (Laval)

Après Je, François Villon, Le Montespan et Le Magasin des suicides, c’est au tour de Charly 9, un autre roman truculent signé Jean Teulé, d’être adapté en bande dessinée par Richard Guérineau, dessinateur talentueux de la série Le Chant des Stryges.

Si Jean Teulé est reconnu aujourd’hui grâce à ses romans, c’est bien du côté de la bande dessinée que ce Normand touche-à-tout a débuté sa carrière. Ce fut d’ailleurs grâce à l’adaptation du roman d’un autre qu’il connut son premier succès. Salué en 1984 lors du festival d’Angoulême pour sa remarquable illustration de Bloody Mary de Jean Vautrin, Jean Teulé réalisera ensuite Copy-rêves, Filles de nuit et Sita-Java, trois albums également parus chez Glénat, qui déploient des sujets à la fois sombres et réalistes avec pour toile de fond la banlieue. Ce dessin si particulier fait d’images réalistes habilement retravaillées devient rapidement sa marque de fabrique. Puis, bien avant l’heure, Jean Teulé, qui ne veut pas être catalogué comme l’homme d’un seul style, commence à réaliser pour le compte de la mythique revue À Suivre de petits reportages mêlant textes, photographies et dessins dans lesquels il part à la rencontre de personnalités hors normes à travers toute la France puis à l’étranger. Ces reportages fourniront la matière de deux albums précurseurs : Gens de France et Gens d’ailleurs. Puis Teulé interrompt (provisoirement) son histoire avec la bande dessinée pour flirter avec le petit écran. Cette dernière idylle va le conduire à un autre amour certainement beaucoup plus profond, celui de l’écriture romanesque. De Rainbow pour Rimbaud à Fleur de Tonnerre, on retrouve ce goût pour les personnages détonants déjà suggéré dans Gens de France et d’ailleurs. Nombre de ses quatorze romans mettent ainsi à l’honneur les marginaux, les poètes et les mal-aimés, ceux qui, tout au long de l’Histoire, fascinent par leur incapacité à trouver leur place, étonnantes victimes du mur d’incompréhension érigé entre eux et le monde qui les entoure. Charles IX, dont Charly 9 nous conte l’histoire, fait partie de ses grands inadaptés. Oscillant entre le tragique le plus dur et le comique le plus noir, la vie absurde de ce roi catastrophe a marqué l’Histoire par ses conséquences désastreuses, avec pour point d’orgue le massacre de la Saint-Barthélemy. Dans son roman, Jean Teulé situe d’ailleurs cet horrible événement comme le début du calvaire de Charles IX. Manipulé par sa mère, au mieux méprisé par son entourage, Charles ne se remettra jamais de ce « Tuez-les tous ! » qu’il hurla contre les protestants. Si ce fut lui qui prononça cet ordre terrible, ce fut bien sa mère qui le lui mit dans la bouche. Le seul refuge possible pour cet esprit tourmenté sera dès lors celui de la démence. Obsédé par le sang versé lors du fatidique 24 août 1572, Charles IX ne va cesser de sombrer jusqu’à ce qu’une mystérieuse et terrifiante maladie l’emporte à seulement 23 ans. À l’instar de Je, François Villon adapté par Luigi Critone ou Le Montespan par Philippe Bertrand, Richard Guérineau a su capter l’esprit insufflé par Jean Teulé dans son roman. Le dessin des personnages, en particulier celui des visages, donne à ces derniers beaucoup d’expressivité. De plus, Richard Guérineau s’empare habilement des situations ubuesques provoquées par la folie de Charles IX. Ses citations de Peyo ou de Morris en sont les plus réjouissantes illustrations. Bref, Charly 9 est bien plus qu’une simple adaptation. Richard Guérineau nous offre avec cette bande dessinée une nouvelle et brillante facette au génial roman de Jean Teulé, dont le nom fait décidément bon ménage avec le neuvième art.

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