Littérature étrangère

Coco Mellors

Les Sœurs Blue

✒ Aquilina Tannous

(Librairie Goulard, Aix-en-Provence)

Trois sœurs et, entre elles, quelque chose qui les relie sans jamais vraiment les réunir. Des vies qui se frôlent, se manquent, se retrouvent. Les Sœurs Blue avance dans cet espace instable, là où les liens résistent sans jamais se dire clairement.

La mort traverse les vies comme un souffle imprévu. Dans Les Sœurs Blue, Coco Mellors accompagne trois sœurs après la disparition de Nicky, la cadette, et la perte de l’appartement familial qui les rattache à leur enfance. Avery, à Londres, habite ses certitudes avec fragilité ; Bonnie, ancienne boxeuse à Los Angeles, porte ses blessures et ses colères comme des cicatrices visibles et invisibles, cherchant dans le mouvement une issue qui se dérobe ; Lucky, à Paris, cherche à combler le vide par la fête et l’excès, comme pour suspendre le temps. Trois trajectoires, trois façons d’habiter la perte et ce fil invisible qui les relie encore. Comme si, malgré les failles et les distances, subsistait une forme d’accord fragile, ténu mais suffisamment vivant pour continuer d’exister. L'autrice s’attarde là où tout se joue dans le silence, dans l’infime déplacement d’un corps, dans ce qui tremble juste avant les paroles. Entre les sœurs, l’enfance continue de circuler, par fragments : une gêne persistante, une fidélité obscure ou même une manière d’être ensemble sans jamais s’être tout à fait retrouvées. Les blessures ne se referment pas. Quelque chose demeure à vif, laissant affleurer la complexité des liens, leur trouble et leur nécessité silencieuse. Et puis viennent ces instants presque imperceptibles où le silence change de texture, chargé de ce qui n’a jamais été dit. À travers les failles et les distances, quelque chose se déplace et hésite, comme une manière fragile de se rapprocher sans vraiment savoir comment. Les Sœurs Blue avance ainsi, à hauteur d’émotion, dans une lumière douce et incertaine, là où le chagrin et l’attachement se confondent encore et où aimer reste une manière de ne pas disparaître tout à fait.

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