Littérature française

Agnès Desarthe

Qui se ressemble

✒ Aquilina Tannous

(Librairie Goulard, Aix-en-Provence)

Un chant ancien traverse les pages de Qui se ressemble, liant les voix, les exils, les mémoires. Agnès Desarthe tisse, sous le souffle d’Oum Kalsoum, un récit où la langue et l’appartenance se répondent, où le passé murmure encore dans nos gestes et nos héritages.

« Et soudain, je me demande si je ne suis pas atteinte d’une maladie. La maladie des personnes qui grandissent dans un environnement polyglotte. Comme les marins qui, à force de danser d’un pied sur l’autre […], semble tituber une fois sur terre. » Dans Qui se ressemble, Agnès Desarthe écrit à l’endroit le plus fragile : là où les voix demeurent, là où la mémoire insiste. Le roman se construit dans l’écoute attentive des vies traversées par l’exil, les langues multiples, les silences hérités. Une chanson d’Oum Kalsoum traverse le texte, inscrite dans les corps autant que dans les souvenirs, et devient une présence intime, persistante, presque charnelle. Un homme quitte l’Algérie en 1956, laissant derrière lui une terre qui ne cessera jamais de le suivre. Plus tard, une enfant grandit à Paris, habitée par des voix qu’elle ne sait pas encore nommer. Les langues circulent en elle, se heurtent parfois, se répondent souvent : judéo-arabe, arabe, français, hébreu. Elles portent des mondes, des blessures, des tendresses et façonnent une identité faite de couches superposées, de souvenirs incomplets, de fidélités invisibles. La transmission n’est ni paisible ni assurée. Elle se joue dans les gestes, dans les silences, dans ce qui affleure sans s’imposer. Les exils laissent des traces profondes, les histoires familiales s’inscrivent dans les corps, les voix des disparus continuent de vibrer dans celles des vivants. L’écriture avance avec une intensité retenue, attentive aux frémissements intérieurs, à ce qui se transmet sans mots. Ce livre touche par sa capacité à rendre sensible ce que l’on porte malgré soi : les héritages, les manques, les chants anciens qui traversent le temps. Le roman rappelle que l’identité ne se fixe jamais, qu’elle se construit dans l’écoute, la mémoire et la persistance des voix qui continuent de vivre en nous, longtemps après s’être tues.

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