Chronique Le Corps du Duce de Sergio Luzzatto

  • Sergio Luzzatto
  • Traduit de l’italien Pierre-Emmanuel Dauzat
  • Coll. «Coll. « NRF Essais »»
  • Gallimard
  • 01/10/2014
  • 368 p., 28 €
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Bertrand Morizur Librairie L’Arbre du Voyageur (Paris 5e)

Dans un essai très documenté sur la représentation du corps de Mussolini à travers le xxe siècle, Sergio Luzzatto s’interroge sur les soubresauts de l’histoire italienne et la difficile réconciliation nationale.

Le Corps du Duce marque une étape importante dans l’historiographie italienne. Sergio Luzzatto déroule le feuilleton de ce qui représente à la fois un tabou et le mythe fondateur de l’Italie républicaine : l’arrestation de Mussolini et de sa maîtresse par des partisans en 1945, leur exécution et l’exposition de leurs corps sur les grilles d’une station-service à Milan, puis le destin du corps du dictateur dans les décennies suivantes. L’historien fait défiler les protagonistes de cet épisode qui fit couler beaucoup d’encre et s’inscrivit avec ambiguïté dans la tentative de réconciliation nationale à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Luzzatto étudie cet événement selon deux axes principaux : d’une part l’histoire politique italienne des années 1920 à nos jours, d’autre part l’anthropologie du corps du Duce. Cette mise en perspective permet de brillants développements. Ainsi, Luzzatto relate minutieusement le processus laborieux de transition démocratique, le travail de deuil des résistants comme des fascistes, ou encore la bataille des sépultures entre les deux camps. Son enquête est basée sur des témoignages de première main et des récits fournis par des journalistes et des écrivains (Saba, Sciascia, Pavese…) qui élaborèrent des discours sur l’aventure du corps du Duce. Autant de manières d’aborder cette période de l’histoire nationale et d’occasions de diffuser le rejet du fascisme ou, au contraire, d’entretenir la flamme des nostalgiques de l’apogée de la dictature. Au-delà du traitement des corps des fusillés, c’est leur représentation qui impressionne. De la même manière que chaque foyer se devait de conserver pieusement un portrait du Duce durant son règne, les photographies de scènes d’humiliation des corps de Mussolini et Petacci connaîtront à leur tour un succès commercial.

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