Chronique La Fabrique des monstres de Robert Bogdan

  • Robert Bogdan
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Myriam Dennehy
  • Alma
  • 17/10/2013
  • 285 p., 29 €

Bertrand Morizur Librairie L’Arbre du voyageur (Paris 5e)

Les éditions Alma publient l’ouvrage d’un sociologue qui a modifié le regard sur le handicap et les marginaux en racontant l’histoire de leur exhibition dans les foires américaines pendant un siècle. Un monde sans pitié.

Dans cette histoire du freak show publiée aux États-Unis à la fin des années 1980, Robert Bogdan, sociologue de l’éducation et de la pédagogie, s’intéresse à un sujet jusqu’ici peu étudié parce que sans doute tabou, l’exhibition des « phénomènes de foires ». En effet, de 1840 à 1940, les freaks ont occupé une place de choix dans l’industrie du divertissement outre-Atlantique et ont contribué au succès des musées, des cirques ou encore des fêtes foraines qui se sont développés dans l’ensemble du pays. Robert Bogdan raconte également dans cet ouvrage très illustré la vie de quelques freaks : géants ou nains, femmes à barbe ou encore pseudo représentants d’un peuple sauvage, voire cannibale, ou d’une civilisation disparue… À travers des mises en scène outrancières reposant sur une emphase mensongère, des handicapés physiques ou mentaux, des marginaux, des individus hors-normes ont ainsi fait prospérer pendant un siècle une industrie qui nous paraît aujourd’hui révoltante. Bogdan insiste sur le fait que les freaks ne devinrent des monstres que par le regard qui était porté sur leur différence. Certes, ils furent souvent exploités par des imprésarios sans scrupules, mais nombre d’entre eux revendiquèrent aussi un statut d’artiste à part entière, c’est-à-dire une véritable fonction sociale. Cet essai original, qui ne manque pas d’humour malgré son sujet difficile, est un excellent travail de documentation sur la part obscure des États-Unis ; il se présente également comme une étude passionnante sur les paradoxes de l’évolution des mentalités. Les progrès de la science ont participé au déclin des freak shows. Un sentiment de pitié, jusqu’alors inconnu, a gagné la population qui a préféré médicaliser, isoler physiquement cette partie d’elle-même qu’elle ne voulait pas voir.

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