Chronique Puissions-nous être pardonnés de A. M. Homes

  • A. M. Homes
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Yoann Gentric
  • Coll. «NULL»
  • Actes Sud
  • 06/05/2015
  • 592 p., 24 €
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Bertrand Morizur Librairie L’Arbre du voyageur (Paris 5e)

A. M. Homes se penche une fois de plus sur le noyau familial, ses bienfaits et ses ravages. Elle signe un roman décapant et foisonnant. Une plongée dans l’Amérique contemporaine qui interroge l’actualité du rêve national, la capacité d’amour et de rédemption que chacun porte en lui. Irrésistible.

Le titre résonne comme une prière. Mais avant de trouver une certaine sérénité, une forme d’apaisement, le personnage principal du nouveau roman de A. M. Homes traversera une série d’épreuves qui le paralyseront ou au contraire l’amèneront à se dépasser. C’est une sorte d’Odyssée des temps modernes à laquelle nous convie l’auteure, d’une inventivité et d’une malice stupéfiantes. On ne peut raconter l’histoire de ce livre sans déflorer le plaisir que prendra le lecteur. Disons simplement que le héros Harold Silver nous apparaît, au début du roman, comme un homme policé, sans aspérité. Il semble porter en lui les signes avant-coureurs d’une dépression larvée. Harold enseigne l’Histoire, c’est un spécialiste de Richard Nixon, le président des États-Unis qui incarna d’une certaine façon la chute du rêve américain, la désillusion nationale. Or, l’année dont Harold va faire le récit est constituée de sombres tragédies comme de réconciliations avec la vie. Il s’agira pour lui, narrateur d’une existence malmenée par le sort, de se forger un destin, de croire en ses propres ressources, d’assumer ses choix – et son processus d’identification avec Nixon est un des aspects les plus réjouissants du roman, qui interroge la notion de moralité et de libre-arbitre dans un monde sans repères, à la lisière de la folie. Il observe depuis de nombreuses années son frère George avec une admiration mêlée de crainte. George est l’auteur d’une success story à l’américaine : il détient une chaîne de télévision, possède une belle maison, est marié, père de deux enfants. Pourtant, en quelques pages, cet univers symbole de réussite va imploser et la catastrophe se propager jusqu’à la vie de Harold. Promu capitaine d’un bateau sans gouvernail, celui-ci doit user de mille stratégies pour se hisser à la hauteur de la tâche qui lui incombe du jour au lendemain. Sous la plume de A. M. Homes, Harold relate très précisément, avec un humour ravageur et désespéré mais aussi une honnêteté touchante, ses tentatives pour remettre le navire à flot. Dans ce sauvetage aux accents sisyphéens, notre héros se découvre une famille. Non pas celle qui lui a été imposée, mais une famille de cœur, à la construction de laquelle il a contribué. C’est l’histoire de ce cheminement vers l’autre que nous suivons avec une empathie croissante. A. M. Homes avait retenu toute notre attention avec Ce livre va vous sauver la vie ou Le Sens de la famille, parus chez Actes Sud. Ce nouvel opus poursuit une œuvre qui s’intéresse de près à la construction de la personnalité dans le cadre familial. La romancière maîtrise les codes de la narration et se révèle une dialoguiste hors-pair, déclenchant chez le lecteur de fréquents fous rires. Elle entretient un savant suspense, parvient à faire rebondir l’intrigue à tout moment et à rendre attachant chacun de ses personnages, même les plus improbables. Ce ne sont pas les moindres qualités de cette infernale spirale romanesque dans laquelle on adore être emporté.

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