Entretien La Part des flammes de Gaëlle Nohant

STÉPHANIE HANET-BIOTTEAU, Librairie Coiffard, Nantes

Voici un compagnon estival idéal : un roman-feuilleton dans le Paris du XIXe siècle. Une époque fascinante à bien des titres, qui permet de mettre en scène des personnages réels ou fictifs… mais en costume. Une époque qui permet aussi de traiter de manière romanesque des sujets aussi variés que la condition de la femme, les ravages de la tuberculose, l’influence de la presse ou les abus des médecins aliénistes à propos de l’hystérie.

Page — Gaëlle Nohant, vous venez de recevoir le prix du Livre France Bleu/Page des libraires, récompense qui donne encore plus d’écho au bouche à oreille dont profite La Part des flammes depuis sa sortie. Quelle a été votre réaction à l’annonce de ce prix ?

Gaëlle Nohant — J’étais sur un nuage ! Je crois que c’est le plus beau prix que je pouvais recevoir. D’abord parce que La Part des flammes a eu la chance d’être porté dès le début par l’enthousiasme des libraires et que ce prix vient couronner cette belle rencontre. Ensuite parce que, à titre personnel, j’ai eu le privilège de côtoyer des libraires pendant sept ans, d’aller à leurs congrès, de m’intéresser à leurs enjeux et à leurs combats. Ils font un métier de passion, d’engagement, et leur ardeur à défendre mon roman me touche profondément.

Page — Une belle consécration, car vous dites que La Part des flammes a vécu sa traversée du désert avant d’arriver sur les tables des librairies ?
G. N. — Oui, on peut dire ça. Mon éditeur habituel l’a refusé et les autres auxquels je l’ai proposé aussi. Après avoir passé quatre ans à l’écrire, j’ai plongé deux ans durant dans un abîme de doutes et de découragement. Et puis un soir d’été, sur un bout de trottoir, Tatiana de Rosnay m’a demandé : « Et où en es-tu, toi ? » J’ai dû lui répondre : « Nulle part ! » J’ignorais qu’elle avait vécu la même traversée du désert avec Elle s’appelait Sarah. Elle m’a demandé si elle pouvait lire La Part des flammes. Elle a adoré et en a parlé à Héloïse d’Ormesson qui l’avait lu et aimé mais ignorait qu’il était libre. Elle a décidé sur-le-champ de le publier. C’est ainsi que son mauvais karma de départ s’est totalement inversé et qu’il s’est retrouvé avec une marraine exceptionnelle et une éditrice de choc qui en a fait le livre anniversaire des dix ans de sa maison d’édition. À partir de là, il y a eu une sorte de contagion de l’enthousiasme qui m’émerveille d’autant plus que j’avais perdu l’espoir que ce roman trouve sa bonne étoile.

Page — Comment sont nés vos personnages féminins ? Car si certains ont vraiment existé, je pense notamment à la duchesse d’Alençon, Violaine et Constance sont le fruit de votre imagination. Or le portrait psychologique de ces femmes dans leur époque est formidable, c’est comme s’il était inévitable qu’elles se rencontrent ?
G. N. — Au départ j’avais l’idée de deux trajectoires de femmes qui se croiseraient dans l’incendie. Une, Violaine, qui irait vers l’émancipation, et l’autre, Constance, plus sombre et traumatisée. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis attachée à Constance et je me suis demandée s’il n’y avait pas moyen de la sauver de ce destin cruel. Quant à la duchesse d’Alençon, en découvrant qu’elle avait eu une vie aussi romanesque remplie de secrets et d’énigmes, je lui ai donné un rôle majeur. Elle relie les personnages les uns aux autres, parce qu’elle est charismatique, puissante et insérée dans cette haute société où Violaine et Constance demeurent en marge. On découvrira que ce lien n’est pas fortuit et que la duchesse d’Alençon n’a rien d’un personnage lisse. Toutes mes héroïnes incarnent le dilemme de l’époque, qui est d’être partagé entre la femme qu’on voudrait être (conforme au modèle étroit qu’impose la société) et celle qu’on est réellement, avec ses imperfections, ses désirs, ses aspirations à la liberté.

Page — Le prix du Livre France Bleu/Page des libraires récompense le roman de l’été. Une fois que le lecteur aura mis votre livre dans sa valise, auriez-vous d’autres titres à lui conseiller ?
G. N. — Une vie après l’autre (Grasset), de Kate Atkinson. Ursula Todd, née en 1910, ne cesse de mourir et de renaître. Ses vies successives laissent des traces sous forme de pressentiments et chaque vie influence la suivante, de manière subtile et profonde. On ne peut pas lâcher ce roman passionnant, drôle et poignant, qui pose cette question : faut-il vivre plusieurs vies pour être capable d’en vivre une à peu près bien ? Ensuite, Avec mon corps (Au Diable Vauvert) de Nikki Gemmell, qui raconte l’histoire d’une Madame Bovary dépérissant dans sa banlieue anglaise entre ses trois enfants et un mari devenu tiède et indifférent. Elle se souvient de la petite sauvageonne du bush affamée d’amour qu’elle était avant, de cet homme « qui n’avait pas peur d’aimer les femmes » et qui la révéla à elle-même. Ce roman en forme d’initiation sentimentale et de retour aux sources transcende les blessures de jeunesse, irradie la lumière des espaces sauvages et la belle liberté d’aimer sans avoir peur. Magnifique. Et puis Miniaturiste (Gallimard) de Jessie Burton. L’histoire d’une jeune fille mariée en 1686 à un marchand d’Amsterdam, qui se voit offrir une maison de poupées comme cadeau de mariage. À mesure qu’elle la meuble, les secrets de sa nouvelle famille remontent à la surface. Un premier roman talentueux, maîtrisé et surprenant de bout en bout. Pour finir, le superbe Manderley for ever (Albin Michel/Héloïse d’Ormesson) de Tatiana de Rosnay, pour voyager en Cornouailles sur les traces de la fascinante romancière Daphné du Maurier.
Par Stéphanie Hanet, librairie Coiffard (Nantes)

Paris, mai 1897. Le Tout-Paris, en effervescence, se donne rendez-vous au Bazar de la Charité pour « la plus mondaine des ventes de charité ». La solaire et mystérieuse duchesse d’Alençon, Violaine de Raezal, jeune veuve à la réputation sulfureuse, et Constance d’Estingel, ravissante jeune femme à l’âme tumultueuse qui vient de rompre ses fiançailles, sont de la partie. Quand le Bazar prend feu tragiquement, les trois femmes, que les flammes vont lier à la vie et à la mort, voient leurs destins basculer. Aiguillées par un même souffle de liberté et un même désir de rédemption, nos trois héroïnes se réaliseront loin des salons bourdonnant de rumeurs vipérines. Palpitant, caustique et délicat, La Part des flammes est un magnifique roman sur la condition féminine à une époque où la valeur sociale d’une femme se mesure à sa beauté. Les personnages de Gaëlle Nohant, dont l’aspiration première est d’exister, nous habitent longtemps après la lecture et nous murmurent qu’il ne faut surtout pas craindre de faire un pas de côté.
Par Sarah Gastel, librairie Terre des livres (Lyon)

 

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