Chronique J'ai couru vers le Nil de Alaa El-Aswany

  • Alaa El-Aswany
  • Traduit de l’arabe (Égypte) par Gilles Gauthier
  • Coll. «NULL»
  • Actes Sud
  • 05/09/2018
  • 400 p., 23 €
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Julie Raulet librairie L’Embellie (La Bernerie-en-Retz)

Alaa El Aswany signe un incroyable roman choral sur la révolution qui a déchiré l’Égypte en janvier 2011. Une révolution qui a ébranlé toutes les strates de la société, des ouvriers à l’aristocratie.

Ce roman, aujourd’hui interdit de publication en Égypte, ne fait aucune concession avec les événements qui bouleversèrent le pays tout entier et dont les conséquences sont encore douloureuses. Alaa El Aswany raconte cette révolution et toutes les exactions commises par la répression. Mais derrière cette description dure, parfois même cruelle, d’un peuple en crise, il montre un véritable amour pour ses concitoyens. Chaque personnage est soigneusement construit. Ils sont le reflet d’une Égypte en proie à une dichotomie meurtrière : pour ou contre la révolution. Mais ce ne serait pas rendre justice au roman que de le réduire à un manichéisme primaire. Au contraire, Alaa El Aswany sonde toute la société égyptienne, allant des jeunes étudiants qui envahirent la place Tahrir aux hommes les plus hauts placés de la Sécurité d’État, en passant par la bourgeoisie conventionnelle et les ouvriers les plus pauvres. Les personnages tantôt lumineux, tantôt sombres, captent l’attention et la sensibilité du lecteur. Que ce soit Mazen et Asma, dont l’amour résonne au rythme des révoltes, ou Achraf et Akram qui repoussent les limites de la société égyptienne conservatrice, se liant l’un à l’autre malgré leur différence de confession et de milieu social, tous prennent une profondeur qui attire nécessairement la compassion. Dans cette révolution qui se voulait pacifique, des milliers d’hommes et de femmes ont eu un espoir, un rêve. Ils se sont heurtés à la force d’un pouvoir corrompu au plus haut point, dictatorial. Pas de faux espoirs : tout au long du roman, les personnages s’inscrivent dans une longue prise de conscience que ce soit de la société dans laquelle ils évoluent ou de l’impossibilité d’une belle révolution qui emporterait tout le peuple dans sa suite. Alaa El Aswany montre également une société où la corruption peut atteindre tous les niveaux sociaux, où la religion n’est souvent que le prétexte à une manipulation de masse, malgré la ferveur religieuse honnête et sincère d’un certain nombre. Un roman haletant et nécessaire.

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