Chronique Trois jours à Berlin de Christine de Mazières

Julie Raulet Librairie L’Embellie (La Bernerie-en-Retz)

Trois jours pour écouter Berlin, son écartèlement, sa douceur et sa beauté, cette ville de l’attente qui éveille l’imaginaire du temps suspendu entre deux pans de murs. Des voix qui nous murmurent leur espoir, leur joie qu’elles ne veulent pas croire réels. Quand l’Humanité déserte, reste l’humanité.

Avec la douceur de sa plume, Christine de Mazières donne voix aux anonymes, acteurs d’un grand moment de l’Histoire européenne, la chute du mur de Berlin. Les Berlinois, enfermés dans leur territoire, une prison à ciel ouvert, mélancoliques de liberté, électrisés par le pressentiment presque insaisissable de la fin de l’attente, descendent dans la rue, tels des spectres d’espoir. Ce peuple de « somnambules », endormis pour ne pas souffrir, dont les seuls espaces de liberté sont les rêves, frissonne et s’éveille, petit à petit, avec encore au coin des yeux les marques du sommeil. Avec ce roman choral, l’auteure raconte les destins individuels rassemblés dans un même espoir de liberté. Nous croisons, au détour d’une rue, d’un quartier, entre les murs d’un appartement, des personnages singuliers qui nous racontent ce que fut leur vie et les liens qu’ils entretiennent avec l’autre côté du mur : il y a Anna qui voudrait retrouver Micha, croisé à l’Est ; Cassiel, cinéaste amateur, qui capture les émotions de la foule ; Micha qui refuse les idéaux communistes paternels ; et tant d’autres. Le lecteur, tout comme les personnages, frissonne, attend, espère, capture ce qui l’entoure, fait siens les récits de vie, les idéaux perdus, l’espoir retrouvé, toutes ces émotions si fortes, que Christine de Mazières met au centre de ce roman. Les retrouvailles entre Berlinois sont pleines d’une force d’amour universel qui enrobe le lecteur autant que la foule. Christine de Mazières offre à son lecteur la possibilité d’être autant témoin qu’acteur avec un style sensuel. Le corps devient une manière de rendre palpable l’espoir et la joie : il n’y a que peu de discours, de paroles échangées. Ce sont des mains qui se touchent, des bras qui s’embrassent, des cœurs qui battent au même rythme, des corps qui font front, une multitude de corps qui forment un seul et même être. Mais la chute du mur, c’est aussi un lâcher-prise inouï, une désertion des forces politiques qui laissent la porte ouverte à une révolution pacifique, provoquant la chute d’un ordre qui démembra tout un peuple. La politique laisse place à l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau : l’être ensemble, la compassion, le partage. L’auteure accorde aussi la voix aux gardes, à ceux qui, en une nuit, voient la mission qu’ils ont tenue jusqu’ici, depuis des dizaines d’années, s’achever dans un silence politique déroutant. Trois jours à Berlin s’achève dans un soulagement baigné de larmes, un crescendo magnifique. Un grand moment d’amour et de paix.

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