Chronique Celle qui fuit et celle qui reste de Elena Ferrante

Maria Ferragu Librairie Le Passeur de l’Isle (L’Isle-sur-la-Sorgue)

Quel plaisir de retrouver Elena et Lila dans ce nouveau volet, résolument plus politique, de la saga napolitaine d’Elena Ferrante, de les suivre dans leurs combats de femmes engagées dans l’Italie de la fin des années 1960.

On avait quitté Lila et Elena, poursuivant les routes qu’elles avaient choisies au bord d’une amitié vacillante mise à mal par l’histoire vécue par Lila avec Nino. On les retrouve jeunes trentenaires, suivant des trajectoires de plus en plus éloignées et qui, pourtant, ne cessent de se croiser, de se nouer et se dénouer au fil de leurs émotions et de leurs rancœurs. Elena vient d’écrire un roman qui rencontre un certain succès et s’apprête à se marier avec un jeune universitaire de bonne famille à l’avenir prometteur. Lila poursuit une vie difficile dans un quotidien rythmé par son travail à l’usine, son fils, et l’homme qui l’a sauvée des griffes de son mari mais avec qui elle n’entretient que des relations amicales. Des vies qui semblaient toutes tracées. Le talent d’Elena Ferrante consiste justement à nous surprendre. L’histoire de l’Italie vient bouleverser la suite logique à laquelle on pouvait s’attendre au sujet du destin des deux héroïnes. La fin des années 1960 voit l’apparition des luttes armées entre factions d’extrême droite et d’extrême gauche, les premiers mouvements féministes, les prémices de Mai 68. Il ne sera alors plus seulement question de vivre, mais aussi de prendre partie, de s’engager, de faire bouger les lignes. C’est ce que feront Lila et Elena, chacune à leur manière, parfois ensembles, parfois en opposition, mais toujours avec une volonté sauvage de se défendre et de vivre leurs vies de femmes indépendantes. La force d’écriture d’Elena Ferrante réside dans sa capacité à construire cette fresque de l’Italie sur plus de cinquante ans. Dans ce troisième volet, probablement le plus rythmé, elle joue à nouveau avec les sauts dans le temps et les procédés narratifs. Vivement l’automne 2017 pour la fin tant attendue de la saga.

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