Chronique L’Odyssée d’Hakim de Fabien Toulmé

Delphine Demoures Librairie des Halles (Niort)

Après son bouleversant récit autobiographique en 2014, Ce n’est pas toi que j’attendais, et le très bel album Les Deux Vies de Baudouin en 2017 (Delcourt), le Franco-belge Fabien Toulmé poursuit la réalisation d’une œuvre solide et profondément humaniste.

L’Odyssée d’Hakim est le récit puissant d’un jeune Syrien contraint à fuir son pays pour devenir un « réfugié » et il s’agit bien là d’une épopée. Comme celui d’Ulysse, le voyage d’Hakim est périlleux, un récit de voyage mouvementé, imprévisible et douloureux. L’histoire de cet album se base sur des faits réels, il s’agit d’un témoignage recueilli par l’auteur après des dizaines d’interviews. Dans son préambule, Fabien Toulmé expose très clairement la naissance de son projet : « de façon curieuse, l’envie de faire un livre sur les migrants qui traversent la Méditerranée est apparue alors qu’avait lieu une catastrophe sans aucun lien avec cette problématique ». Cette catastrophe, c’est celle de mars 2015 et du crash volontaire d’un pilote de la Germanwings précipitant l’équipage et 150 passagers contre une montagne des Alpes françaises. Dans les jours qui ont suivi ce drame, les médias n’ont cessé de réaliser des reportages sur ce sujet et à la fin de l’un de ses nombreux JT, de façon très laconique le présentateur annonça : « Drame de l’immigration toujours, 400 migrants décèdent noyés lors de leur traversée en Méditerranée ». Aucun commentaire, aucune image pour expliquer ou tenter d’expliquer cette crise humanitaire sans précédents dans l’Histoire du xxie siècle. Fabien Toulmé se sent honteux, il a été spontanément plus touché par le crash que par la répétition de ces naufrages de migrants. Il veut comprendre ce phénomène et apporter sa pierre à l’édifice : pour être touchés, nous devons nous sentir concernés, nous devons nous « identifier ». Il souhaite rencontrer ces gens et faire parler d’eux, montrer que derrière la froideur de ces chiffres quotidiens, se cachent des individus et des trajectoires différentes et poignantes. Cette bande dessinée est donc le fruit de ses nombreux entretiens avec Hakim, ce Syrien qui a dû tout quitter : son pays, sa famille, ses amis, son travail pour fuir la guerre. Celui-ci habite désormais en France, à Aix-en-Provence dans la même ville que l’auteur. Le lecteur suit avec avidité et appréhension la lente descente aux enfers de ce jeune homme : de la Syrie au Liban en passant par la Jordanie jusqu’à la Turquie (un deuxième tome est attendu pour septembre 2019). Le trait de Fabien Toulmé est délicat, sans fioritures, il s’attache à montrer et à dire l’essentiel. Un témoignage bouleversant et émouvant sans aucun pathos. Une réflexion sur la guerre, sur la liberté, sur le déracinement, sur l’Humanité, sur notre propre humanité.

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