Chronique Des orties et des hommes de Paola Pigani

Delphine Demoures Librairie des Halles (niort)

Paola Pigani met en lumière la beauté de l’ordinaire, celle d’une petite fille dans la campagne charentaise des années 1970. Elle redonne ses lettres de noblesse à ce monde paysan en perdition, à « son pays perdu de l’enfance ». Un récit intime porté par une écriture poétique, délicate et sensible.

« Je voudrais qu’il se déplie, le bossu, qu’il soit plus grand que nous. Il vit toujours dehors, à saluer tous les passages, le facteur, le laitier, les troupeaux, les tracteurs. Il doit saluer le vent aussi. C’est un garçon paysage avec une colline sur le dos qui absorbe les cris des chiens du vieux Ferdinand, les moqueries des récréations, les roulis des saisons. » Roman autobiographique, Des orties et des hommes relate l’histoire d’une famille d’Italiens exilés, des petits paysans en grande difficulté en Charente dans les années 1970, où les enfants aident leurs parents pour survivre au milieu de la nature. Paola Pigani nous présente l’histoire de la petite Pia, entourée de ses grands-parents, immigrés italiens, de ses parents éleveurs et de ses frères et sœurs. Dans la ferme familiale, elle observe intensément le travail des hommes, des bêtes et de la nature. « Nous, le temps qui passe, les saisons, on s’en fiche du moment qu’on les relie aux choses de la vie, aux bêtes, aux récoltes. Pourtant, je grandis, je porte déjà des robes de Dora avec des chaussures d’Adamo. Je ne me regarde jamais dans la glace et je ne suis bien qu’en pleine terre. » Nous suivons son quotidien à travers ses pensées de petite fille, puis adolescente ce qu’elle perçoit du monde extérieur et de la fragilisation de ce monde « paysan ». Pia adore lire, écrire, elle aime profondément et viscéralement la nature et sa campagne, elle n’échangerait cela pour rien au monde. Mais elle comprend parfaitement la dureté de la situation de sa famille et participe activement aux tâches quotidiennes. À travers le regard de cet enfant qui observe sans jamais juger, Paola Pigani rend un superbe hommage à la terre de l’enfance et à un monde paysan âpre qu’elle sait rendre terriblement humain. Elle interroge avec profondeur la question des racines, du déterminisme social, de l’exil… Indéniablement, les souvenirs de Paola Pigani se murmurent sous la fiction. Façon pour elle d’évacuer la nostalgie de son enfance en Charente, de redonner voix à ceux qu’elle a aimés et admirés. Ses mots émerveillent, sensoriels, poétiques et charnels. Ils sonnent juste et fort, son don d’observation et cette langue si imagée donnent au livre toute sa puissance d’évocation mais aussi de réflexion. Avec ce troisième roman, Paola Pigani se place dans la digne et majestueuse lignée de Marie-Hélène Lafon et Raymond Depardon. Une merveille d’humanité, émouvant et beau !

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