Dossier Le Premier Homme de Albert Camus

Jean-Marc Brunier Librairie Le Cadran lunaire (Mâcon)

Ne boudons pas notre plaisir, l’anniversaire de la naissance d’Albert Camus (né le 7 novembre 1913) est une belle occasion pour nous souvenir, nous replonger, voire découvrir, pour certains, la vie et l’œuvre de cet immense homme de lettres. Les éditeurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Rarement centenaire n’a été si bien célébré.

Les propositions foisonnent, riches, belles et diverses. Sans doute est-ce dû à la personnalité même d’Albert Camus, homme polymorphe, multiculturel, véritable représentant de l’identité méditerranéenne, homme d’éthique beaucoup plus que de morale ou de philosophie. La vie et l’œuvre sont chez lui indissociables, ou plus exactement en parfaite adéquation. Il suffit pour s’en convaincre de feuilleter les deux magnifiques albums publiés en ces temps de commémoration. L’un, Albert Camus solitaire et solidaire (Michel Lafon), est présenté par sa fille Catherine ; l’autre sort chez Gallimard à l’occasion de la très controversée exposition présentée à la Cité du livre d’Aix-en-Provence (jusqu’au 5 janvier), sous le titre Albert Camus citoyen du monde. Les deux livres sont magnifiques, richement documentés et pourvus d’une iconographie extraordinaire. Je trouve toujours très émouvant ces albums où nous cheminons tout à la fois avec l’homme public et l’homme privé. Bien vite, nous nous rêvons compagnon de route, en toute intimité, en toute fraternité, faisant un peu partie de la famille. N’est-ce pas émouvant pour le simple lecteur, l’admirateur assidu ? Un véritable rêve ! Bien sûr, parmi toutes les publications, ce sont les éditions Gallimard qui fournissent l’essentiel du travail – n’oublions pas les liens qui unissaient Camus et la famille Gallimard. Chez Folio, notons plus particulièrement le coffret en trois volumes des Carnets, qui compilent les notes prises par l’écrivain de 1935 à 1959, et également le Folio Essais À Combat, qui recense les quelque 165 articles écrits entre 1944 et 1947, alors que Camus était rédacteur en chef et éditorialiste du journal. Pour lire l’œuvre elle-même, et si vos moyens limités ne vous permettent pas d’acquérir les quatre volumes de La Pléiade, je vous conseille d’acheter Œuvres, qui vient de paraître dans l’excellente collection « Quarto ». Pour une somme plus que raisonnable, vous aurez l’essentiel de l’œuvre, de surcroît agrémentée d’un riche appareil critique et d’un cahier iconographique admirablement servi, intitulé « Camus vu par ses contemporains ». Pour finir cette sélection, je voudrais vous présenter le très beau travail des dessinateurs Jacques Ferrandez et José Muñoz. La bande dessinée est un beau moyen de rendre ce travail accessible au plus grand nombre, je pense notamment aux jeunes générations. On suppose à tort que les écrits de Camus sont difficiles d’accès. La démarche des deux artistes devrait ruiner définitivement ce préjugé. Les dix tomes de Carnets d’Orient (Casterman) ont solidement forgé la réputation d’amoureux de l’Algérie qui colle à Jacques Ferrandez. Cela explique aussi son attachement naturel à l’œuvre d’Albert Camus. En 2009, il adapte « L’hôte », nouvelle extraite du recueil L’Exil et le Royaume. Par ailleurs, son récent travail sur L’Étranger, paru en avril de cette année (« Fétiche » chez Gallimard), est un véritable coup de maître. Bien plus qu’une simple mise en images, il s’agit d’une véritable réécriture graphique d’un des textes les plus importants de Camus. C’est magistral à tout point de vue, et profondément fidèle à l’esprit du roman. L’exil est peut-être ce qui rapproche l’auteur d’origine argentine José Muñoz de l’œuvre de Camus. Le dessinateur a commencé par illustrer L’Étranger (Futuropolis,2012) avec un incomparable talent. Il a poursuivi avec Le Premier Homme – autre coup de maître. Ces deux très beaux volumes reproduisent le texte intégral assorti d’illustrations pleine page – une œuvre totale et unique ! L’art de Muñoz prend toute son ampleur. L’auteur réussit l’exploit de magnifier le texte. Conseil d’esthète : procurez-vous le coffret réunissant les deux ouvrages, l’étui en lui-même est une œuvre d’art. En guise de conclusion, je voudrais dire combien un homme comme Albert Camus manque à notre monde. La tentation est grande de s’interroger sur le regard qu’il porterait sur notre société. Nous n’aurons jamais la réponse, mais il nous reste les textes, ses textes. Or, commémorer Camus, c’est surtout et avant tout le lire. Alors lisons-le !

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