Chronique No présent de Lionel Tran

Par Jean-Marc Brunier Librairie le Cadran lunaire (Mâcon)

Après le « No future » des années 70 et de la génération punk, voici le « No présent » de Lionel Tran, enfant des années 1980, génération Casimir et son île aux enfants, fils d’une soixante-huitarde et ayant grandi en banlieue. Sans concession, bien souvent sombre, parfois drôle, toujours mordant, voici enfin le texte-manifeste de cette génération qui s’est construite malgré tout.

Il est né au début des années 1970, ces années que l’on voudrait insouciantes et joyeuses, bercées par le générique du célèbre dinosaure à la peau orange, « voici venu le temps des rires et des chants... », enfant de banlieue, enfant d’une mère militante et dans la rue en Mai 68. Il a grandi et passe son bac en 1989. L’élection de François Mitterrand est passée par-là, le monde du travail change, les « problèmes » des cités apparaissent. La jeunesse d’alors prend toutes ces mutations de plein fouet, elle cherche à exister, à se construire, à s’inventer son propre monde, rejetant avec violence et détermination le modèle qu’on lui impose. Ce sont alors les années des collectifs d’artistes lyonnais, bien souvent perchés sur les pentes de la Croix-Rousse et bercés par un idéal de création pure. De l’art sinon rien. Ils ont pour modèle Cioran, ils regardent en boucle Eraserhead de David Lynch. Ils disent haut et fort : « nous plongeons les yeux fermés avec le désir de ne pas nous laisser formater par le système, de ne pas apprendre à devenir responsables, de ne pas passer à côté de nous-mêmes par lâcheté. » Lui, Lionel Tran, arrête la fac et se dit : « deviens écrivain ! » Ils ne pensent plus qu’à ça, ils ne font plus que çà, complètement coupés, déconnectés du monde extérieur. Ils créent, ils inventent un autre mode de vie, ils expérimentent les drogues « pour s’ouvrir l’esprit, pas pour s’abrutir ». Et bien vite, comme souvent, toutes les utopies et les rêves se déglinguent, l’existence se délite, perd de son sens, se heurte au réel, celui d’un monde qui se radicalise, se durcit, fait le ménage. Un monde où les lois du marché et de l’ordre s’imposent. Les pentes s’embourgeoisent, il n’y a plus de place pour les squats et les collectifs d’artistes. Les relations se distendent, certains se perdent. Le rêve est fini. Les années 2000 sont passées par là. Dans une langue inventive, directe, percutante, d’un seul souffle, comme un cri, Lionel Tran nous fait revivre, de l’intérieur, cette odyssée magnifique et désespérée, perdue d’avance, d’une jeunesse qui a cru, comme bien d’autres générations, en un monde meilleur. Pour comprendre comment nos sociétés tuent toujours et encore les espérances de sa jeunesse, lisez de toute urgence ce texte-manifeste. Parce que, lui, Lionel Tran, est devenu écrivain. C’est déjà ça !

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