Chronique L’Homme qui aimait ma femme de Simonetta Greggio

Par Jean-Marc Brunier, Librairie Le Cadran lunaire (Mâcon)

Dans Dolce Vita, Simonetta Greggio nous décrivait vingt années d’une histoire italienne. Elle s’attache cette fois à chroniquer quatre décennies de la société française, quarante ans de vie intellectuelle.

Début des années 1960. Yann et Alexandre, deux jeunes frères que tout, dans leur personnalité, semble séparer, sont pourtant unis par un indéfectible sentiment de fraternité. En dépit de leurs caractères diamétralement opposés, ou peut-être à cause de cela, tous deux s’éprennent de la belle et intelligente Maria. Comme une sorte de remake du film de François Truffaut, Jules et Jim, L’Homme qui aimait ma femme rejoue l’histoire, presque aussi vieille que l’amour, du trio amoureux. Partant de cette banale histoire, elle l’a fait évoluer sur une quarantaine d’années correspondant à quatre décennies d’Histoire française, des années 1960 au début du troisième millénaire. Cet ambitieux panorama sert de prétexte à l’auteur pour reconstituer l’histoire intellectuelle hexagonale. Les pages de L’Homme qui aimait ma femme sont peuplées des personnages de Lacan, Jankélévitch, Levinas, Derrida et Deleuze, ou encore Michard, l’un des deux membres du célèbre duo Lagarde et Michard. Ces quarante années verront la France digérer les mouvements hippies et pacifistes des années 1960, métamorphosant certains de leurs leaders en nouveaux gourous du néolibéralisme et en grands prêtres des années fric du début des années 2000. Le livre apparaît comme une subtile radioscopie de la société intellectuelle française. L’autre grande réussite de ce roman réside dans la peinture psychologique de ses trois personnages principaux, inséparables et pourtant si radicalement différents. La relation entre les deux frères, notamment, est complexe, troublante et changeante, à l’image justement de cette société en perpétuelle transformation et cependant incapable de renoncer à un certain nombre des traits qui la fondent. Cette relation fraternelle forte et sincère finira toutefois par se muer en affrontement féroce lorsqu’elle sera mise à l’épreuve de la réalité. Simonetta Greggio y voit une métaphore de cette réalité où même la relation amoureuse est soumise aux lois du marché. Implacable constat…

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