Chronique L'Autre Moitié de soi de Brit Bennett

  • Brit Bennett
  • Traduit de l'anglais (États-Unis) par Karine Lalechère
  • Autrement
  • 19/08/2020
  • 480 p., 22.90 €

Elodie Bonnafoux Librairie Arcanes (Châteauroux)

Brit Bennett est une féministe afro-américaine, à la fois romancière et essayiste. Cette double casquette nourrit indubitablement ses romans d’une analyse sociale pointue. En France, on l’avait découverte en 2017 avec Le Cœur battant de nos mères, déjà publié chez Autrement, et qu’on avait déjà beaucoup aimé.

Avec L’Autre Moitié de soi, Brit Bennett revient avec un roman puissant et dense qui nous plonge dans la complexité et les ambiguïtés de la société américaine. On y aborde certes les questions liées aux communautés afro-américaines, mais pas que : il est aussi question de genre, d’écart culturel entre générations ou encore de la place de l’individu au milieu de déterminismes qui semblent souvent indépassables. Tout commence et se termine une cinquantaine d’années plus tard au même endroit : le village de Mallard, en Louisiane, dont la particularité est d’être peuplé de noirs à la peau très claire. Les jumelles Stella et Désirée sont nées dans ce village et, fatiguées de ce bout du monde où l’on commente les nuances de l’épiderme avec une précision et une constance redoutables, elles décident de le quitter en douce, à 16 ans, pour tenter l’expérience citadine. Ce sera donc Désirée dans un premier temps, jusqu’au jour où Stella va disparaître. Sonnée, Désirée ne va pourtant pas rentrer tout de suite au village : elle va partir découvrir le Nord et ne reviendra que14 ans plus tard à Mallard, toujours sans nouvelles de Stella, mais avec sa petite fille de 5 ans. Si la problématique raciale est présente dans chaque coin des États-Unis, elle vire franchement à l’obsession à Mallard. La petite Désirée, à la peau très foncée, ne va cesser de s’y heurter. Si Stella, quant à elle, n’a jamais donné signe de vie depuis sa disparition, c’est qu’elle a choisi de franchir le tabou : elle est devenue une blanche parmi les blancs. Elle fera tout pour que personne, pas même son mari ou sa fille, ne sache qu’elle a un jour été noire. On va donc suivre dans ce roman deux générations de femmes, les jumelles et leurs filles, mais attention, il n’est pas ici question que de destins féminins et les personnages masculins qui les entourent ont une vraie épaisseur. Avec cette galerie de personnages, Brit Bennett dresse des portraits d’une finesse remarquable et pose à travers chacun d’eux les questions de l’appartenance, du déterminisme racial et social, et aussi, en miroir, la question de la liberté individuelle et de son prix. Dans ce roman ample, aussi humain qu’intelligent, elle parvient à décortiquer les mécanismes sociaux à l’œuvre avec une tendresse détonante.

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