Chronique Gatsby le magnifique de Melchior-Durand, Bachelier

Julie Uthurriborde Librairie Montmartre (Paris 18e)

2013 sera l’année Gatsby. Entre adaptation cinématographique et bande dessinée, nous voilà gâtés ! Bachelier et Melchior-Durand nous offrent une adaptation réussie de la célèbre œuvre de Fitzgerald, en transposant l’action à Shanghai mais en respectant minutieusement personnages et intrigue.

L’histoire commence au moment où Nick Carroway, jeune architecte, vient s’installer dans la ville de Shanghai afin d’être au cœur des nouveaux projets de construction et d’obtenir la reconnaissance qu’il se croit en droit de mériter. Sans le sou, il a toutefois la chance de dégotter une maison à louer dans un immense parc des quartiers huppés de la ville. Lorsqu’il découvre qu’il est le voisin d’un homme mystérieux que personne ne voit jamais, sa curiosité est piquée au vif. Très vite, sa cousine Daisy l’invite à dîner dans la grande maison qu’elle habite et qui lui a été offerte par son « lourdaud » de mari, Tom Buchanan. Archétype de la jeune bourgeoisie parvenue, le couple exhibe au grand jour les dissensions qui le minent, lui en s’affichant au bras de sa maîtresse Myrtle, elle en surjouant le rôle de l’épouse bafouée, désabusée et cynique. Lors de ce dîner, Nick fait la connaissance de Jordan Baker, jeune championne de golf et meilleure amie de Daisy, qui ne tarde pas à éveiller en lui une certaine attirance. Sans pouvoir mettre de nom sur ses sentiments, une étrange sensation se développe en lui, où se mêlent le désir profond de faire la connaissance de Gatsby, qui est au centre de toutes les conversations, de revoir la jeune Jordan, mais aussi de fuir la compagnie de ce couple désarticulé. Peu à peu, l’ombre de Gatsby plane sur les discussions et les lieux, apparaissant comme une sorte de lien entre chacun des personnages. Une relation d’amitié finit d’ailleurs par se tisser de la manière la plus fortuite entre Gatsby et Nick, lors des fastueuses soirées organisées par le riche héritier. Tel un héros de la mythologie, Gatsby possède une aura auquel peu de gens sont capables de résister, et Nick encore moins que les autres. Gatsby lui révèle en effet l’ombrageuse relation qu’il a entretenue avec la femme de sa vie, Daisy… partie avec un autre. Les deux auteurs donnent une version modernisée de l’œuvre de Fitzgerald. C’est une réussite ! Le thème d’une jeunesse dorée noyant son ennui dans des fêtes toujours plus débridées, des activités toujours plus périlleuses, des passions toujours plus criardes n’a évidemment rien perdu de son actualité et connaît même une vigueur toute neuve dans le contexte de la Chine de ce début de xxie siècle. Sans jamais forcer le trait ni verser dans la caricature, Bachelier et Melchior-Durand parviennent à mettre en relief les singularités qui distinguent les représentants de la nouvelle élite mondiale. Un vrai coup de cœur pour cette bande dessinée qui propose une vision renouvelée du personnage de Fitzgerald, mais aussi de cette peinture de mœurs d’une Amérique alors en chemin pour prendre les rênes du leadership mondial, aujourd’hui imitée par la Chine. Mention spéciale à la sublime couverture.

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