Chronique Le Cas Sneijder de Jean-Paul Dubois

UTHURRIBORDE JULIE, Librairie MONTMARTRE, Paris

Les éditions de L’Olivier ont 20 ans. Quel meilleur moyen pour fêter cet anniversaire que de nous offrir un roman de l’un de leurs auteurs phares, Jean-Paul Dubois ? Après trois ans d’absence, il revient avec un texte envoûtant et percutant. Décryptage du Cas Sneijder.

Paul Sneijder est un rescapé : le 4 janvier 2011 à 13h12 précises, l’ascenseur dans lequel il se trouvait a chuté de plusieurs mètres, laissant pour mort ses occupants, et notre héros dans le coma. Ce coup du sort va forcer Paul à tout remettre en question. De digressions en anecdotes, le lecteur est plongé dans les affres de la vie de cet homme. Cet accident rarissime pousse alors Paul à vouloir engranger un maximum de connaissances sur les ascenseurs du monde entier, de leur construction à leurs pièces détachées en passant par les différents accidents et incidents qui peuvent les frapper. Cette obsession le mène à s’isoler et à répertorier par le détail les circonstances qui l’ont mené jusqu’à cet ascenseur. Père d’une fille issue d’un premier mariage, il se retrouve à vivre une existence dont il n’est que le spectateur. Sa seconde femme le méprise et ne se sent concernée que par sa propre ambition et ses jumeaux. Il ne voit sa fille que peu souvent, et dans des lieux extérieurs. Cette sectorisation hermétique des deux pans de son existence va encore plus l’isoler de sa femme et de ses fils, ces derniers refusant tout contact avec le passé de Paul. Son amour pour sa fille est l’un des moteurs de ses pérégrinations intellectuelles. Morte dans l’accident, elle constitue un passé heureux dans lequel il avait un rôle à jouer, aussi futile eût-il été. Remettant en cause tout ce qui le constitue, il s’engage dans un chemin de vie pour le moins différent. En faisant une faible tentative de reconstruction sociale, il trouve un petit travail, d’ordinaire réservé aux étudiants sans le sou, qui lui attire plus de moqueries que de réels bienfaits moraux. Apparaissant comme dingue aux yeux de sa femme, il a au moins l’avantage de laisser son esprit vagabonder au gré de ses découvertes techniques et sociologiques sur les ascenseurs, lesquels deviennent une métaphore obsessionnelle de l’organisation urbaine mondiale, dont il fait malgré lui partie. Ces réflexions très poussées sur sa condition d’homme vont le faire évoluer vers une fin qui semble inéluctable.

Jean Paul Dubois nous livre un texte fort, tout en intimité et en finesse. Partant d’un sujet qui peut prêter à sourire, il arrive à nous emmener au plus profond de l’âme humaine et de ce qu’elle peut comporter de turpitudes. Comme à son habitude, son style est direct, et l’on retrouve ses marottes personnelles qui ravissent toujours autant : un personnage principal qui se prénomme Paul, un ancrage en Amérique, un passage furtif par Toulouse… Des points de repères qui rassurent ses lecteurs en leur montrant que les trois années non pas été vaines, que « l’essence » de Dubois est toujours là. Des traits qui sauront par ailleurs séduire les plus réticents. Ce livre est une vraie bouffée d’air frais après le tourbillon de la rentrée littéraire. Un texte emprunt d’humour noir et de la puissance réflective du héros, qui laissera peu de lecteurs sur la touche. À lire avec attention et délectation !

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