Chronique Allmen et les dahlias de Martin Suter

Julie Uthurriborde Librairie Montmartre (Paris 18e)

Dans le troisième volet des aventures du détective Friedrich von Allmen, Martin Suter nous embarque, une fois encore, dans l’univers chic du dandy désargenté. Contacté pour un sombre vol de tableau, Allmen plonge dans un huis clos où il se retrouve pris au jeu de la manipulation.

Toujours sans le sou, Allmen vit désormais dans la maison du jardinier de sa propriété avec ses acolytes sans papiers : Carlos, le discret Guatémaltèque, et Maria, la Colombienne volubile. Après deux enquêtes couronnées de succès, notre dandy est toujours aussi mondain, chic et insouciant de sa situation financière. Alors qu’il s’englue dans la routine (cf. son planning de cuisson des œufs pour le petit déjeuner), sa jeune entreprise de recherche d’œuvres d’art est appelée au Schlosshotel pour enquêter sur la mystérieuse disparition d’un tableau de Fantin-Latour représentant un bouquet de dahlias. Sa cliente, une riche héritière supposée elle aussi disparue depuis plus de cinquante ans, exige une totale discrétion sur l’affaire. Elle révèle dès le premier entretien avec le détective que ce tableau a lui-même été précédemment dérobé dans un musée pour lui être offert par un prétendant qui voulait célébrer son prénom : Dalia. Très vite plongé dans une ambiance feutrée, et entouré de mystères, Allmen va alors s’installer à demeure dans une chambre mise à sa disposition par le palace sous le prétexte d’une évaluation de sécurité pour le compte d’une agence d’assurance. Une mine d’informations va s’ouvrir à lui grâce aux liens qu’il noue rapidement avec le cocierge de l’hôtel. N’étant pas un détective de l’extrême, Allmen préfère prendre tout son temps pour observer et échanger avec son coéquipier Carlos, qui le guide vers de nouvelles déductions et donc de nouvelles pistes à explorer. Son attention va alors être attirée par la mort soudaine, lors d’un dîner, d’un des locataires à l’année. Mort qui suscite des réactions diverses parmi les habitués de l’hôtel. Le neveu de ce dernier, sans que personne ne l’ait jamais prévenu, débarque à l’hôtel pour constater le décès, et Mme Gutbauer vient lui rendre un dernier hommage dans les cuisines de l’établissement avant de retourner s’enfermer dans sa suite. Allmen prend cet événement comme point de départ réel de son enquête et va se retrouver confronté à des hommes d’affaires véreux, un mannequin italien prénommé elle aussi Dalia et d’anciennes relations qui vont se révéler très utiles pour mener à bien son investigation. Remettant au goût du jour les duos de détectives qui ont fait le succès de la littérature policière, ce roman se veut aussi une critique acide de la bonne société suisse, qui nous est dépeinte avec beaucoup d’humour et une parfaite maîtrise de l’intrigue. Séduisant par son intemporalité − si nous n’avions pas quelques indices technologiques comme le téléphone portable, l’action pourrait sans problèmes se dérouler au début du siècle − Martin Suter nous berce d’une douce musique avec la langue espagnole utilisée par les domestiques d’Allmen, mais aussi son style implacable et inimitable. Divisé en trois parties, le roman sait mener le lecteur par le bout du nez jusqu’à un dénouement final qui nous réjouit et nous incite à attendre le prochain épisode avec impatience. Ce détective est en passe de devenir culte !

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