Chronique Standard de Nina Bouraoui

Catherine Le Duff Librairie Livres in room (Saint-Pol-de-Léon)

Bruno Kerjen est un homme ordinaire. Il habite un petit appartement, travaille dans la journée pour pouvoir manger le soir. Parfois, il rentre à Saint-Servan voir la mer et ses parents. Rien ne lui manque. Rien, sauf l’essentiel : l’envie de la vie.

Dans ce nouveau roman, Nina Bouraoui dresse le portrait d’un homme « standard ». Bruno Kerjen est un garçon sans histoires, un jeune Breton monté à Paris pour ne plus étouffer dans le giron familial. Ouvrier chez Supelec, sa place lui convient et il ne cherche pas la promotion, désireux d’éviter les responsabilités. Il vit seul dans son petit deux pièces, le même depuis le début. Et quand il s’ennuie, il boit quelques verres en téléphonant à des inconnues pour épancher ses désirs. Ses rares conversations ont lieu avec son chef, ses parents ou son « vieux pote Gillou », seuls repères le raccrochant aux autres. Il se refuse aux sentiments, froid, solitaire et indifférent à toutes choses. La seule faille de cette mécanique bien rodée s’appelle Marlène. Amie du lycée professionnel et objet de ses premiers et uniques émois, elle seule fait encore vibrer le cœur gelé de Bruno. Il en garde un souvenir inaltérable, Marlène ayant disparu de sa vie dès lors qu’ils ont quitté le lycée. Lorsque leurs existences se croisent à nouveau, la machine s’emballe : prêt à tout pour la voir, la retrouver et en faire sa muse, Bruno, sans se l’avouer ni même s’en rendre compte, flanque sa vie en l’air. Il délaisse peu à peu son travail, se lance dans la boxe, vide son compte épargne pour aider la jeune femme et s’accorde le droit de rêver, en toute sincérité. Outre un subtil mélange des registres qui nous donne à entendre Bruno jurer, sa mère pleurer et Marlène s’épancher, la méticuleuse dissection des moindres détails de la vie de Kerjen permet à Nina Bouraoui d’ouvrir une réflexion sur le sens de nos vies et de nos envies. Son héros tragique et désenchanté ne manquait que d’un cœur. Quand il en gagne un, il sombre plus bas encore… mais n’en devient-il pas humain ?

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