Chronique La Guerre des saints de Michela Murgia

  • Michela Murgia
  • Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 03/01/2013
  • 120 p., 15 €

Catherine Le Duff Librairie Livres in room (Saint-Pol-de-Léon)

En la personne de Michela Murgia, la Sardaigne a sans nul doute enfanté celle qui lèvera le voile sur quelques-uns de ses secrets. Après l’incandescent Accabadora (Seuil, 2011 ; Points, 2012), Michela Murgia nous entraîne au cœur du brasier d’une enfance sarde où tout n’est que jeu.

Bercés par le soleil moite et réconfortant de l’été, les jours coulent tranquillement dans le village de Crabas. Le son des cloches se mêle au bruissement des rires, avivés par les jeux d’enfants qui font naître les amitiés. Notamment celle qui lie Maurizio, le provincial, à Giulio et Franco. Mais leurs jeux parfois dangereux les font trembler, d’abord de peur puis de fierté : ainsi nos trois compères mettent le feu au palmier centenaire et découvrent la peur panique suscitée par les flammes, avant de connaître la gloire auprès des autres enfants. Il y a aussi les jeux de la transmission, celle opérée par les anciens qui chaque soir, tirent leurs chaises et leur corps jusqu’au seuil des maisons pour y distiller, dans le secret du crépuscule, des histoires empreintes de mystère et d’imaginaire. Les jeux du sacré, qui n’existent que pour donner cœur et corps à la communauté. Les jeux qui font grandir à jamais, qui font perdre les rondeurs de l’enfance et l’innocence de l’âme, car « c’est dans ces virginités perdues que réside le pacte secret des vieux complices ». Mais parfois les jeux divisent : à vouloir s’amuser à scinder en deux la paroisse, un évêque fatigué met en péril l’unité du village. Tiraillés le temps d’une année entre l’église de Sainte-Marie et celle du Sacré-Cœur, les fidèles découvrent l’angoisse du choix et donc du renoncement. Il faudra l’audace et la ferveur candide de nos trois camarades pour réunir ceux qui n’avaient jamais cessé d’être ensemble. La Sardaigne de Murgia est probablement à l’image de sa prose : riche, contrastée, envoûtante. On se perd dans les méandres de son île, on se laisser attraper le cœur par ses îliens, on se prend avec elle à rêver de ne penser qu’à la première personne du pluriel, car à Crabas, le jeu remplace le « je ». Alors, gardons une âme d’enfant, jouons, jouez, et qu’importent les règles !

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