Sciences humaines

Joséphine Bacon , Laure Morali

Les Vertèbres de Joséphine

✒ Marguerite Martin

(Librairie Terre des livres, Lyon)

Plus qu’une biographie, Les Vertèbres de Joséphine est un récit où vibrent deux cœurs. L’un parle et raconte, l’autre écoute et traduit en mots. Ces « vertèbres » sont les êtres auxquels elle adresse sa gratitude, à l’automne de sa vie.

Après cette lecture, impossible de réduire Joséphine Bacon à l’une de ses multiples identités : Indienne Innue de Pessamit, conteuse, conférencière, scénariste, traductrice-interprète, réalisatrice. Car si son œuvre met en avant la fierté d’être Amérindienne, dépositaire de la parole des Anciens, elle est avant tout poète. C’est Laure Morali qui l’a nommée et reconnue comme telle. Porté par ces deux voix amies, ce récit est limpide. La communauté qui a vu naître Joséphine est l’une des plus anciennes communautés innues restée nomade jusqu’à la création des pensionnats créés pour « tuer l’Indien en chaque enfant ». Si elle y a été emportée à 4 ans et y a vécu chaque année de septembre à juin jusqu’à ses 19 ans ‒ arrachement mortifère ‒, c’est avec le sourire espiègle d’une petite fille qu’elle évoque les soirées cinémas western et son désir naissant de faire un jour des films pour raconter qui sont les Innus (qui signifie humain). L’été de ses 13 ans, elle fuit à Nutashkuan et se choisit une famille et un grand-père, Nimushum, qui lui transmettra le savoir des Anciens et l’amour jamais reçu auparavant. Elle reviendra régulièrement le voir pour recueillir sa parole. Nous découvrirons aussi son premier contact avec la grande ville, son premier enfant (« Soleil de nuit ») qu’elle fait adopter par une personne de confiance, sa colocation avec un castor nommé « Fidel castor », ainsi que ses rencontres, décisives, avec des anthropologues (« ceux qui racontent les mythes »), les cinéastes (« faiseurs de choses étranges ». Ces rencontres, qui ont nourri son appétit de poétiser et de transmettre, sont décrites avec la générosité de qui vit dans la gratitude éternelle. Sans le vouloir, ces deux femmes offrent ici une leçon de partage, en récit et poèmes, sans jamais mentionner les mots dévoyés de réconciliation ou de décolonisation.

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