Chronique La Tentation de Luc Lang

On vacille à la lecture du nouveau roman de Luc Lang. Ce jeu trouble où la mémoire se pose en juge et oriente la trame aussi précise qu’une chorégraphie. Tout est toujours sujet à interprétation. Du grand art.

Il a un cerf à seize cors dans la lunette. Deux automnes qu’il le traque. Il attend le bon moment. Une bête magnifique de sept ou huit ans. Pourtant, et alors que c’est un chasseur aguerri, il a une hésitation. Le rapport de force, soudain, lui paraît déséquilibré. La simple pensée que sa balle, en un dixième de seconde, fauche l’animal, le couche, l’éteigne à jamais, perturbe son geste. Elle part avec une fraction de retard, l’animal a bougé. Il s’enfuit en boitant, la balle logée dans la cuisse. Commence alors une traque. Il veut le retrouver, non pas pour l’achever mais pour le soigner. Comme si, après avoir pressé la détente, on pouvait revenir en arrière. Cette tentation d’effacement est au cœur du nouveau livre de Luc Lang. Réécrire l’histoire pour qu’elle nous soit favorable. La mémoire donne l’illusion de ce pouvoir, elle pose des voiles sur les souvenirs, avec une telle constance, qu’au bout d’un moment, ils disparaissent, réinventés. Mais en faisant cela, les hommes ne font que piétiner la vérité. Seuls les écrivains ont le loisir de rejouer l’histoire à l’infini. Et à ce jeu-là, Luc Lang est imbattable. Quelle virtuosité ! Il faut lire et relire la phénoménale scène de la fusillade ou encore celle du transport du cerf dans le pick-up : ça frise le prodige. La Tentation est découpée en quatre parties comme autant de variations d’un même thème, l’histoire familiale. Chaque partie rajoute un accord à la mélodie, enrichit la précédente et la modifie. Est-il le père, le mari qu’il prétend être ? Qui est ce fils banquier d’affaires indécent, cette fille modèle entichée d’un malfrat, cette épouse lascive qui se rêve moniale ? Quand sa vie a-t-elle basculé ? A-t-il vraiment appuyé sur la queue de détente ? Le livre se referme sur ses mystères. Tout nous échappe si on se ment trop longtemps.

cyrille falisse librairie lo païs (draguignan)

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