Chronique Jane, un meurtre de Maggie Nelson

Cyrille Falisse Librairie Lo Païs (Draguignan)

Les éditions du Sous-sol rassemblent dans un diptyque passionnant deux textes de Maggie Nelson qui reviennent, l’un et l’autre, sur le meurtre de sa tante et sur le procès des années plus tard de son assassin présumé.

Maggie Nelson est une autrice hors normes dans le paysage littéraire mondial. Son approche poétique, ses analyses critiques, son détachement philosophique, tout dans son écriture révolutionne le récit autobiographique. En cherchant ici à faire œuvre de mémoire, Nelson questionne l’inextinguible violence, le rapport au deuil, mais aussi la trace que chacun d’entre nous laisse, sourire fugace sur une photo jaunie par le temps ou anodine page d’un journal intime. Le livre, découpé en deux parties qui se complètent et se répondent, a été publié en deux temps aux États-Unis : Jane, un meurtre, en 2005, et Une partie rouge, en 2009. Ici, ils sont rassemblés tête-bêche comme le yin et le yang de la respiration littéraire. Jane, un meurtre, traduit par Céline Leroy, est un mélange de poésies, d’extraits du journal intime de sa tante dans les années 1960 et de coupures de la presse criminelle de l’époque, de lettres aussi. L’harmonie, le rythme, tout est d’une délicatesse folle et révolutionne le récit non fictionnel. Le second volet du diptyque, Une partie rouge, traduite par Julia Deck, s’intéresse au procès du meurtrier présumé dans les années 2000, confondu par une correspondance d’ADN alors que le meurtre avait été classé depuis longtemps. Maggie Nelson, comme une peintre impressionniste, va transcender les genres littéraires pour explorer la révolution sensible qui s’empare de sa famille, de son grand-père, de sa mère. Elle assiste au procès, consigne tout sur des petits carnets, aide les enquêteurs chargés de l’affaire, puis interroge sa propre douleur. C’est sans doute le plus émouvant dans ce patchwork littéraire, ce subtil glissement de l’introspection sur ce père disparu quand elle n’était encore qu’une enfant. Et si tout travail d’écriture n’était finalement là que pour combler un manque ?

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