Chronique Là où chantent les écrevisses de Delia Owens

  • Delia Owens
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marc Amfreville
  • Coll. «NULL»
  • Seuil
  • 02/01/2020
  • 477 p., 21.50 €
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Véritable phénomène d’édition Outre-Atlantique, le premier roman de Delia Owens, une zoologiste et biologiste de renom qui a vécu vingt ans en Afrique et publié plusieurs ouvrages animaliers, est un conte délicat et bouleversant, une fresque naturaliste fascinante portée par une héroïne inoubliable.

« La Fille des marais », l’enfant sauvage, c’est comme ça qu’ils la surnomment mais elle s’appelle Kya. Elle vit dans le bayou en Caroline du Nord, sa cabane pour cuisiner et dormir, les racines enchevêtrées pour se réfugier. Elle n’a que 6 ans quand sa maman quitte le foyer, bientôt suivie par ses frères et sœurs, incapables d’endurer plus longtemps les coups qui s’abattent à heures régulières sous l’injonction de l’alcool. Mais Kya n’a plus que lui. Quand il est là, sobre et de bonne composition, il l’emmène en barque, pêcher au large. Dans ces moments-là, elle s’imagine qu’elle est heureuse et l’on entend parfois son petit rire cristallin rebondir à la surface de l’eau. Un jour il ne revient plus, trop saoul pour retrouver son chemin ou son corps inerte dans un fossé, le saura-t-on jamais ? Elle n’a que 10 ans, se débrouille seule et cultive déjà l’art de la solitude. Tate, un garçon du coin, un peu plus âgé, la prend alors sous son aile. Il lui enseigne l’écriture et la lecture, lui fait découvrir la science et la poésie. Kya, petit animal rétif, récite, nomme, découvre, tombe amoureuse. Elle pense qu’elle n’aura plus à souffrir la perte, elle ouvre son cœur. Pourtant quelques années plus tard, Tate s’en va pour suivre ses études, l’abandonne à son tour. Kya est une adolescente, isolée dans un labyrinthe. Bête curieuse et fascinante, objet de rumeurs et de convoitises, elle attire et se fait proie. Là où chantent les écrevisses raconte son combat pour survivre, pour résister, pour devenir une femme libre au cœur de la nature sauvage où résonnent le cri des goélands et le va-et-vient lancinant des vagues sur les coquillages. Delia Owens, qui excelle dans les descriptions naturalistes, grâce à son expérience et le sens de l’observation qui en découle, est aussi talentueuse pour se placer à hauteur d’enfant et décrire les premières émotions. Sa merveilleuse enfant des marais en rappelle une autre, cinématographique cette fois, « Hushpuppy », la tornade du film de Benh Zeitlin, Les Bêtes du Sud Sauvage, Caméra d’or à Cannes en 2012. Elles partagent cette capacité d’émerveillement et ce courage inouï, qualités indispensables pour s’extraire de la misère. Que ce roman soit écrit par une zoologiste n’est pas étonnant, tant Kya pourrait être la métaphore de l’animal traqué, blessé, qui n’a de cesse de se dissimuler pour mieux s’effacer et disparaître au regard des hommes. Mais elle est aussi la voix de toutes les femmes qui n’ont jamais pu compter que sur elles-mêmes.

Cyrille Falisse Librairie Lo Païs (Draguignan)

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