Chronique La Main d’Iman de Assani-Razaki Ryad

Émilie Pautus Librairie La Manœuvre (Paris 11e)

Dans une Afrique déboussolée, trois enfants tentent de s’en sortir. Ils comprendront vite que l’entraide est leur seule chance de survie. Mais il est dur, dans la misère, d’avoir encore quelque chose à offrir.

À l’âge de 6 ans, Toumani est vendu par ses parents à la tatie Caro, vieille marchande d’esclaves qui place les enfants auprès de celui qui propose le meilleur prix. Dans cette maison de transition, Toumani fait la rencontre d’Alissa, jeune fille également abandonnée, dont le visage restera à jamais gravé dans sa mémoire au moment où elle lui offrira une de ses boucles d’oreille en guise de talisman. Puis vient la maison de Monsieur Bia. Humilié, battu, exploité, Toumani, désormais appelé Apollinaire, perd son identité, se vide de son humanité sous les coups et les cris de cet homme sans remords. Laissé pour mort dans un caniveau, c’est la main d’Iman, jeune métis abandonné par sa mère et élevé par sa grand-mère très pieuse, qui lui sauve la vie. Toumani y perd une jambe mais y gagne un frère. Iman le soigne, le protège, le guide. Et même si Toumani se voit comme « une enveloppe sans âme. Un trou béant dans un corps estropié ; incomplet quelle que soit la manière dont on y songe », il lui sera redevable à jamais de lui avoir rendu son humanité. Fasciné par tant de beauté, de courage et d’honnêteté, Toumani retrouve le goût de vivre et peut désormais croire en l’avenir. Mais ce frère qui a juré de ne jamais l’abandonner a pris la décision de partir coûte que coûte. Dans cette Afrique si aride, il ne s’agit pas de se demander si l’herbe est plus verte ailleurs, mais s’il y a de l’herbe tout court. Les enfants tentent de grandir seuls, faisant fi de la misère, du quotidien et de cet avenir qui pour eux se résume à demain. L’Europe représente un rêve de verdure qui continue à hanter l’Afrique, un rêve tenace qui poussera Iman à partir. Tendre et cruel, ce premier roman est une plongée brûlante mais nécessaire dans ces vies misérables, où même l’entraide et la fraternité deviennent inéluctablement un problème. « Il faut se méfier de la main qui donne tout, car en se retirant, elle laisse démuni ».

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