Littérature française
Marie Petitcuénot
Heures sauvages
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Marie Petitcuénot
Heures sauvages
Éditions Héloïse d’Ormesson
20/08/2026
128 pages, 17 €
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Chronique de
Emmanuelle Cassagnes
Librairie Liber & Vous (Bourgueil) - ❤ Lu et conseillé par 13 libraire(s)
✒ Emmanuelle Cassagnes
(Librairie Liber & Vous, Bourgueil)
Huis clos intense et audacieux, Heures sauvages raconte de l’intérieur une performance artistique radicale. Marie Petitcuénot nous enferme dans une pièce sombre et sans issue pour ouvrir une porte sur l’âme humaine.
Naples, 1974. Marina Abramovic, performe Rythm0, une expérience d’art corporel intense. Dans une pièce close et sans issue, l’artiste a réuni une quarantaine de personnes et se livre entièrement, toute à elles. Son corps soumis, soixante-douze objets sélectionnés, de la plume au couteau ou à l’arme à feu. Six heures durant, elle confronte chacune à sa liberté, ses limites et sa part de violence intime. Trois mois plus tôt, Marina performait Rythm5 à Belgrade. C’est là, subjugué par l’intensité de l’expérience pourtant avortée, qu’Andrea a compris qu’il inaugurerait sa galerie avec elle. Cette artiste absolue embrasse sauvagement l’éphémère et l’anticapitalisme de l’art vivant. Son art bouscule et change son objet comme ses spectateurs. Pour sa vision de l’art, Andrea était prêt à aller jusqu’au bout. Et Marina était prête à mourir. À 20 heures ce soir-là, Marina a donc renoncé à sa voix, à son corps, à son libre-arbitre, pour les offrir à la liberté totale et la responsabilité entière des quarante invités. Parmi eux, un jeune photographe avec une rose à la main, cinq heures de décalage horaire dans le corps et, dans le cœur, les injonctions et l’incompréhension ; un petit homme poussé hors du groupe par sa femme, contraint d’agir sans avoir rien décidé ; d’autres hommes, à trois, prenant possession du corps offert ; une femme déclenchant d’un pansement un flot de larmes. Les spectateurs se succèdent, se figent, assistent et agissent au long de ces heures « sauvages ». Nous faisons corps avec eux, habitons leurs pensées, leurs vies, leurs intimités. Dans des flash-backs savamment disposés, c’est tout le mécanisme émotionnel de l’humain soumis à la liberté brute et totale que l’autrice écrit. Effroyable et rassurant à la fois, ce roman tendu se lit et se vit comme une épreuve. Radical et réhumanisant.