Chronique Villes rebelles de David Harvey

Florence Zinck Librairie Sauramps (Montpellier)

Le thème de la ville rebelle est aujourd’hui plus que d’actualité. Il suffit d’évoquer la réalité de la « marche républicaine » embrasant les villes françaises ou l’esprit de l’utopie de l’exposition « Revoir Paris », faisant écho à la dernière bande dessinée de F. Schuiten et B. Peeters (Casterman).

Dans son essai Villes rebelles, David Harvey revendique le « droit à la ville » (créé par Henri Lefebvre) qui constitue selon lui un point de ralliement moteur des mouvements sociaux et citoyens pour la construction d’alternatives au capitalisme et au néo-libéralisme. Ce nouvel opus se veut le prolongement de son précédent essai, Le Capitalisme contre le droit à la ville (Amsterdam), auquel il ajoute la notion de révolution urbaine. L’auteur insiste sur les processus d’urbanisation liés à la reproduction du capital, non seulement sur les appareils de l’état qui administrent les territoires, mais aussi sur des populations tout entières, sur leurs modes de vie, sur leur force de travail, sur leurs valeurs culturelles et politiques et sur leurs représentations mentales du monde. Dans cette perspective, la ville et le processus urbain deviennent des lieux majeurs de luttes politiques et sociales. « En refaisant la ville nous nous refaisons nous-mêmes » professe le sociologue urbain Robert Park, initiateur de l’École de Chicago. Cette conviction n’est-elle pas celle qui anima les mouvements révolutionnaires de Paris au xixe siècle jusqu’aux soulèvements récents, sur la place Tahrir du Caire, sur la Puerta del Sol de Madrid, sans oublier les rébellions à Oaxaca au Mexique et à El Alto en Bolivie, entre autres ? Traiter des villes rebelles revient à réintroduire l’identité urbaine pour tous ceux qui l’habitent, afin que ce territoire cesse d’être le lieu de l’exclusion, pour permettre l’émergence d’un mouvement anticapitaliste viable. Ainsi, le célèbre romancier italien Italo Calvino, écrivait-il, dans Les Villes invisibles (Folio) : « Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » Un voyage au pays des possibles, en quelque sorte…

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