Chronique Aimer hier de Günther Anders

  • Günther Anders
  • Traduit de l'allemand par Isabelle Kalinowski
  • Coll. «Coll. « Particulière »»
  • Fage
  • 27/09/2012
  • 166 p., 18 €

Par Florence Zinck Librairie Sauramps (Montpellier)

« On peut se contenter d’allusions complices et savoir interpréter les gestes de l’autre ; ou, plus exactement, les comprendre en un éclair. Ce que je décris ici n’est pas très éloigné de l’amour […] ».

Günther Anders, Stern de son vrai nom, fut l’élève de Heidegger et le premier mari de Hannah Arendt. Il quitte l’Allemagne en 1933 pour Paris, avant d’émigrer en 1936 aux États-Unis. En 1945, les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki ont un impact décisif sur sa pensée et sur son engagement politique, puisqu’il devient, peu après cette double catastrophe, un fervent défenseur du mouvement antinucléaire allemand. Face à la misère du monde, Anders affirme en 1977, dans Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?, que « la tâche morale la plus importante aujourd’hui consiste à faire comprendre aux hommes qu’ils doivent s’inquiéter et qu’ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime ». Günther Anders a 45 ans quand il publie Aimer hier, réflexion sur le sentiment amoureux, menée sous la forme d’un journal tenu à New York entre 1947 et 1949. Ce travail, qui combine introspection, témoignages recueillis auprès de proches et analyse des émotions humaines, tisse une manière d’histoire du sentiment amoureux, qu’il prolonge une dizaine d’années plus tard dans certaines pages de son œuvre la plus fameuse, L’Obsolescence de l’homme, publié en 1956 et qui rend surtout compte d’une méditation inquiète sur le progrès technique et la mécanisation, la toute-puissance du capitalisme, la métamorphose progressive de l’homme en machine ou la menace apocalyptique représentée par le nucléaire. Dans Journaux de l’exil et du retour, qui paraît en même temps que Aimer hier, le philosophe, réfugié à Los Angeles en 1941, note : « Vita brevis ? Non, nul ne pourra me convaincre que la vie est courte. Ce n’est pas l’ennui, par exemple, qui la rend longue, mais le fait qu’elle dure vraiment longtemps. Quand on regarde en arrière, en tout cas, elle est d’une durée infinie. » Ce qui lui laissa un temps certain pour goûter à la saveur du sentiment amoureux.

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