Chronique Bureaucratie de David Graeber

  • David Graeber
  • Traduit de l’anglais par Paul et Françoise Chemla
  • LLL
  • 08/10/2015
  • 304 p., 22 €

Florence Zinck Librairie Sauramps (Montpellier)

David Graeber, anthropologue atypique, exclu de l’université de Yale et aujourd’hui professeur à la London School of Economics, après avoir écrit Dette, 5 000 ans d’histoire en 2013 (LLL), nous livre un nouvel essai dénonçant les rouages de la bureaucratie.

Désormais au service du capitalisme, la bureaucratie gèle la démocratie. Et même davantage : elle paralyse la créativité. Dans nos sociétés ultra-bureaucratiques, la tyrannie de la règle, de l’évaluation, ont infiltré à leur tour le monde de l’entreprise, et pas uniquement l’État. Le néolibéralisme voulait se libérer des contraintes et des réglementations. Il en a finalement créé en se bureaucratisant. Ce paradoxe nous montre une bureaucratisation totale, publique et privée. Dans cette perspective, l’auteur démontre que la bureaucratie crée une technologie de contrôle et de surveillance plutôt que d’émancipation. L’évocation d’un film culte des années 1980, Brazil, de Terry Gilliam, semble trouver sa place dans un tel décor. Une société où le rêve, l’imaginaire, la vie… sont soumis au diktat de la bureaucratie qui tend à les réduire à néant. Pointant une société déshumanisée et kafkaïenne, la phrase du roman Le Château prend ici tout son sens : « Jamais encore K. n’avait vu son existence et son service aussi intimement mêlés, ils l’étaient si bien que parfois K. pouvait croire que l’existence était devenue service et le service existence. » Dans notre monde postmoderne, l’auteur dénonce l’échec de la croissance technologique, qui n’a pas réussi à se concrétiser. Les grands projets humains et les promesses d’avenirs technologiques formulés dans les années 1960 se sont essoufflés et « nous sommes aujourd’hui réduits à un jeu d’images et d’écrans ». Tout comme il fut l’un des initiateurs d’Occupy Wall Street, David Graeber propose une réflexion subtile et aiguisée de la société, avec l’espoir que le capitalisme finisse par chuter pour laisser place à des mouvements sociaux balayant tous les arbitraires.

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