Littérature étrangère

Sasha Bonét

Les Porteuses d'eau

✒ Aurélie Baudrier

(Librairie L'Insomnie, Décines-Charpieu)

Avec Les Porteuses d’eau, Sasha Bonét signe un texte remarquable qui sonne déjà comme un classique de la littérature afro-américaine. Dans ce récit autobiographique, l’autrice explore brillamment l’expérience d’être une femme noire aux États-Unis.

Sasha Bonét pourrait faire sienne cette phrase de Toni Morrison : « toute eau possède une mémoire parfaite et cherche à retourner là où elle se trouvait ». Pour elle, chaque histoire trouve son origine dans l’eau. Mais une eau trouble. Ainsi, elle va remonter le fleuve de son récit familial en entremêlant la vie de sa grand-mère Betty Jean, fille d’esclaves née dans une plantation, à celle de sa mère Connie, de ses tantes et à la sienne. Des vies marquées par le racisme et par les manquements des hommes. Le livre est parsemé de photos souvenirs qui rendent les mots de Sasha Bonét encore plus forts. Elle parcourt aussi plusieurs affluents en racontant le destin d’autres femmes noires inspirantes. On croisera Ona Judge, l’esclave de George Washington, la chanteuse Betty Davis et la peintre Camille Billops. Autant de femmes gardiennes d’une mémoire. L’autrice montre également ce qui se joue dans la maternité quand on est une femme noire américaine. En effet, pendant longtemps, ces femmes n’ont été vues que comme des ventres. Pourtant, comme elle le rappelle, « les États-Unis d’Amérique doivent leur existence aux mères noires qui accouchèrent de la nation ». Ce récit est ainsi un hommage à ces femmes, à leur puissance et à leur rôle dans la construction de l’Amérique. Dans ces pages introspectives, l’autrice se confronte aussi à l’héritage raciste et invite à réfléchir à la manière dont il contamine les recoins les plus intimes de l’expérience féminine noire. Elle démontre comment les femmes noires ont intériorisé celui-ci et comment il se transmet d’une génération à l’autre, infuse dans leurs os, leur sang et leur chair, entraînant violence, perte de confiance en soi et d’autres traumatismes. Sasha Bonét livre ainsi un texte intime et une traversée puissante et passionnante. Une réflexion limpide comme l’eau.

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