Chronique La Chair de Rosa Montero

  • Rosa Montero
  • Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse
  • Coll. «Coll. « Bibliothèque hispanique »»
  • Métailié
  • 19/01/2017
  • 192 p., 18 €
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Hugo Latreille Librairie Nouvelle (Asnières)

Rosa Montero surprend avec un texte cruel et charnel, le dixième publié par les éditions Métailié, qui dit l’impossible lutte contre la déliquescence du corps, sans se départir de l’esprit mordant qui la caractérise.

Soledad est à la croisée des chemins. Si cette femme puissante et reconnue, commissaire d’exposition madrilène, est au faîte de son parcours professionnel, sa vie intime est un chaos. Célibataire sans enfant, Soledad est une éternelle séductrice accro aux relations charnelles, fulgurantes et éphémères. Sauf qu’éternelle, Soledad commence à s’apercevoir qu’elle ne l’est pas. Elle vient d’avoir 60 ans, « fermes et lourds comme une sentence ». C’est la débâcle du corps, la rage de l’esprit. D’autant que son dernier amant en date vient de la quitter, après que son épouse est tombée enceinte. Par un coup d’aigreur vengeresse, la voilà sur un site d’escorts. Elle va se payer un gigolo pour s’exposer en charmante compagnie aux yeux de l’ex. Elle choisira « Adam, 32 ans. 1 mètre 91, cheveux noirs, yeux couleur miel, athlétique ». Entre la sexagénaire au désir exigeant et tyrannique, et ce jeune Russe symbolisant une Espagne précaire, se met en place une relation ambivalente et délétère, un cercle vicieux qui fera rimer passion et obsession. D’autant que, bientôt, apparaissent d’étranges chapitres où la vie d’Adam est méthodiquement disséquée. En creux, La Chair est une subtile interrogation sur l’intrication entre création et passion. Chargée d’une exposition intitulée les « Écrivains maudits », Soledad nous donne à voir le destin d’artistes consumés jusqu’à la folie, depuis Burroughs jusqu’au nébuleux Luis Freeman. Rosa Montero, toujours espiègle, plonge ici sa plume dans la « chair perfide, ennemie intime qui fait de vous le prisonnier de sa défaite », bravant le tabou du corps qui cède, sans rien taire de cette détérioration qui dénude le désir. Soledad pourra-t-elle s’extraire du feu destructeur qui l’entoure ? Échappe-t-on au temps qui passe ?

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