Jeunesse Dès 14 ans

Lolie Cherbonnel

À l’ombre des cours d'eau

✒ Léonie Desbois

(Librairie Le Bel Aujourd'hui, Tréguier)

À 17 ans, vivre l'autre, être happé et consumé par lui, passionnément, joyeusement et amoureusement ; connaître le grand amour, c'est ce que vont vivre Emy et Lysandre lorsqu'ils se rencontrent cet été-là. Mais la question des études ne tarde pas à s’inviter : quand et comment cela finira-t-il ?

Comment est né ce texte et comment avez-vous rebondi après votre premier roman ?

Lolie Cherbonnel Justement, c'était un peu compliqué. Parce qu'on a cette crainte de ne pas réussir à écrire autre chose ou de décevoir. À l’origine, À l'ombre des cours d'eau était un début de nouvelle que j'avais commencée et abandonnée. Alors que je cherchais désespérément un nouveau sujet, ce petit texte est revenu toquer à la porte de mon cerveau. En le reprenant, je me suis rendu compte qu’Emy avait beaucoup plus à dire que je ne le pensais. J’étais partie du principe qu’une rupture ne se traitait pas sur des pages et des pages, qu’une nouvelle suffisait. J’ai mesuré alors qu'il y avait beaucoup plus à dire sur Emy et Lysandre que sur leur histoire d'amour et sa fin. Oui, c'est un roman sur la rupture.

 

Le roman est en deux temps. Comment avez-vous pensé cette construction ?

L. C. Ma première idée était d'alterner deux narrations, présent et passé, pour comprendre l’intensité de leur amour et les raisons pour lesquelles il se détricote. Mais j'ai constaté que ça ne fonctionnait pas, que ce soit du point de vue du rythme ou de narration. Cette volonté d'opposer les deux temps de leur amour restait malgré tout très forte. J'ai finalement opté pour cette manière d’aborder un récit que j’aime beaucoup, quand on en connaît l’issue, pour ensuite revenir au tout au début et découvrir, au fur et à mesure, comment et pourquoi on en est arrivé là.

 

Comment vous est venue la question de l'avenir de la relation, entre la terminale et les études ? Le départ d'Emy était-il évident ?

L. C. Pas au tout début. Mais pendant l'écriture, j'étais moi-même à un moment de ma vie où j’avais envie de partir. Un choix évidemment riche de conséquences. C'est quelque chose que j'avais envie d'explorer dans ce roman, un besoin de faire une sorte d'introspection grâce à Emy et de la voir prendre son chemin en même temps que moi je prenais le mien. Quand on est adolescent, à la période des choix post-bac, l’idée de partir et de tout perdre est particulièrement effrayante. Il me tenait vraiment à cœur de « délocaliser » Emy car ce n'est pas facile de se découvrir et de grandir différemment quand on reste à l'endroit où l’on a toujours été la même version de nous-mêmes. Parfois, il faut partir et couper les racines pour réussir à nous découvrir davantage. Elle a aussi une grosse envie de voir la mer qu'elle n'a jamais vue. C'était l'opportunité parce que ce n'est pas toujours évident de déménager sans avoir de point de chute. Et les études permettent d'en avoir un.

 

Pourquoi cette forme en vers libres ?

L. C. J'ai commencé à écrire en vers libres avec En décalage, mon premier roman. J'avais tout de même un peu peur d'y aller à fond, de jouer davantage avec la forme. Pour À l'ombre des cours d'eau, j’ai donc décidé de ne pas me mettre de limites et de continuer à explorer cette forme que je commence tout juste à découvrir. Ce que j'aime beaucoup, c’est qu'elle permet d'aller au plus près des émotions. Ce n'est pas toujours évident de réussir à retranscrire ce qui se passe dans une tête où rien n'est linéaire. Là, on peut jouer avec la forme pour qu'elle corresponde aux émotions et la façon dont on les ressent, tout simplement. Par exemple, on a des mots qui tombent, comme parfois le cœur tombe sur l'estomac.

 

Dans ce roman, d'autres thématiques comme la sororité sont explorées. Pourquoi ?

L. C. Au début, Emy est tout feu tout flamme pour Lysandre. Au fur et à mesure, elle finit par comprendre que sa petite sœur en pâtit et se dit qu’elle doit avoir des amis qui lui correspondent aussi bien que Lysandre, sans qu’elle en soit amoureuse. Il me semblait important de montrer que l'amour amoureux n'est pas l'amour principal. L'amour amical et l'amour familial sont aussi très importants. On peut très bien aimer nos amis autant qu'on aime notre amoureux ou notre amoureuse. Évoquer ces différents types d'amours me paraissait très important.

 

 

 

Durant l'été avant la terminale, Lysandre emménage à côté de chez Emy. Les deux jeunes gens se rencontrent, se découvrent et s'aiment. Mais on le sait, leur amour prendra fin. Quand et comment ? Ici, rien de tragique si ce n'est les bifurcations des chemins de vie pendant la période délicate du passage à l'âge adulte. Lolie Cherbonnel nous touche avec ce roman délicat et poétique où chaque mot nous atteint. Je vous conseille ce titre pour sa singularité et sa pertinence bouleversante, ainsi que sa forme puissante et élégante en adéquation avec son sujet. Également pour les différents thèmes traités : la rupture, la sororité, les liens que l'on crée et qui nous aident à découvrir qui l'on est. Et surtout pour l’émotion que procure cette lecture.

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