Littérature française
Marie-Hélène Lafon
Hors champ
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Marie-Hélène Lafon
Hors champ
Buchet Chastel
02/01/2026
170 pages, 19,90 €
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Chronique de
Coralie Sécher
Librairie Coiffard (Nantes) - ❤ Lu et conseillé par 42 libraire(s)
✒ Coralie Sécher
(Librairie Coiffard, Nantes)
C'est un rendez-vous que l'on ne raterait pour rien au monde : la parution d'un livre de Marie-Hélène Lafon ! Impatients et déjà un peu nostalgiques de se dire qu'il faudra patienter encore avant le prochain, on sait comme les heures de lecture à venir seront belles.
Hors champ raconte l'histoire d'une ferme familiale. Isolée, elle est le royaume du père qui y domine par sa violence et ses silences accablants. Les deux enfants grandissent là, formés au labeur et à l'exigence de la vie paysanne. C'est une évidence, Gilles, le fils, reprendra la ferme car Claire, sa sœur, n'a pas grand-chose à faire dans cette histoire de transmission. Elle fait des études qu’elle poursuit à Paris puis s'y installe comme professeure. Elle revient ici pour les vacances scolaires, repasse le linge, range les courses et tente de croiser son frère quand le travail lui laisse un peu de répit. Elle lui répète à chaque passage : « Tu peux arrêter, tu sais. Je serai là ». Inlassablement. Et Gilles reste. Vivant dans cette maison où père et fils s'évitent, dans laquelle ils passent à tour de rôle sans jamais échanger un mot ou un regard. Affaibli, le père a toujours un avis, une solution à proposer et son ombre vit au-dessus de la ferme. Gilles s'épuise. Il est définitivement seul. Hors champ, c'est l'isolement au sein d'un milieu qu'on imagine soudé, celui des agriculteurs. Marie-Hélène Lafon met en lumière la crispation d’un monde désuni, la solitude, l'éloignement, la fatigue aussi. Comme toujours dans l'économie de mots et de sentiments, l'autrice nous fait entrer dans des maisons dont on n’aurait pas poussé la porte. Elle nous invite à nous asseoir à la table de familles qui ne cherchent pas la lumière, de celles qui aimeraient qu'on les laisse vivre leur vie si remplie par le labeur et le quotidien. Avec sa rigueur, sa puissance et sa finesse, elle nous emporte au milieu des terres qui s'allongent, des champs qui se transmettent et des mots que l'on ne dit pas. Le lecteur est saisi, spectateur silencieux de ce qui se joue loin des villes, observant l'épuisement, la lassitude, le labeur, contemplés avec la justesse et la douceur que Marie-Hélène Lafon porte au fond de son cœur.