Littérature française

Philippe Fusaro

Solo tu

✒ Deborah Vedel

(Librairie Les Temps modernes, Orléans)

Une entrée tout en splendeur au catalogue de Sabine Wespieser : le roman de Philippe Fusaro suit l'étonnante destinée de Gianni, fêtard sur le déclin, dans le décor superbe de l'Italie du Sud.

Dans la frénésie des nuits romaines, en ce début des années 1980, Gianni est une légende du Piper Club, boîte de nuit en voie de ringardisation. Gianni y traîne toutes les nuits jusqu'au petit matin, ne paie aucun de ses verres, fatigue les autres noctambules une fois ivre mais reste un personnage incontournable de ce petit royaume. Sa rencontre avec Carmela, compagne d'un bassiste punk, dans les toilettes des hommes, marque un tournant dans sa vie. Elle lui confie son fils pour la soirée et il aperçoit une autre vie possible. Un coup de téléphone le lendemain matin et ce citadin accepte l'invitation de Carmela à Polignano a Mare, village perdu tout au bout de la botte italienne. L'oiseau de nuit qu'est Gianni s'habitue vite à un autre rythme sous le soleil brûlant des Pouilles : une vie presque de famille, aux amitiés franches et sincères. Tous les éléments de la dolce vita s'offrent à lui : les chansons fredonnées, les plongeons dans l'Adriatique, les repas sans fin autour de spaghetti alla pizzaiola et de taralli, les livres découverts à la librairie du coin tenue par un passionné et bientôt ami... Tout semble idyllique, en apparence. Car au-delà du souvenir lancinant d'un amour perdu, on pressent la fin de ce bonheur presque parfait. Et même quand le drame survient, l'histoire se poursuit grâce à la force des liens entre les personnages. Dans une langue d'une infinie délicatesse, ponctuée d'italien et de références littéraires justement choisies (Pavese, L'Ultima Estate in città de Calligarich, etc.), Philippe Fusaro échappe à l'écueil des facilités narratives dans un roman sensible et inoubliable. On referme ce roman presque à regret, en rêvant des Pouilles et peut-être même de filer travailler aux côtés du fantasque Corrado, dans sa si belle Libreria delle Palme.

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