Littérature française
Jacqueline Harpman
Des femmes imaginaires
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Jacqueline Harpman
Des femmes imaginaires
Stock
13/05/2026
124 pages, 18 €
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Chronique de
Deborah Vedel
Librairie Les Temps modernes (Orléans) -
❤ Lu et conseillé par
7 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Deborah Vedel de Les Temps modernes (Orléans)
- Christophe Gilquin de L'Atelier (Paris)
- Jean-David Henninger de La Marge (Haguenau)
- Caroline Gelly de Le Chat borgne (Belfort)
- Margot Devigne de Association internationale des libraires francophones (Paris)
- Augustine Braiki de Folies d'encre (Le Raincy)
✒ Deborah Vedel
(Librairie Les Temps modernes, Orléans)
Depuis quelques années, de nombreuses autrices sont redécouvertes, sauvées d'un injuste oubli, dans un formidable élan d'édification d'un matrimoine littéraire. Parmi elles, Jacqueline Harpman, grande dame des lettres belges et autrice de Moi qui n'ai jamais connu les hommes... mais pas uniquement !
On peut remercier les éditions Stock pour avoir réédité Moi qui n'ai jamais connu les hommes, repris en poche récemment. Dans ce texte étrange au propos parfaitement novateur, publié en 1995, on découvre quarante femmes enfermées dans une cave, gardées par des hommes inconnus. Comment sont-elles arrivées là ? On ne le sait pas, pas plus que les raisons de leur départ de cette cave, dans un monde si désolé qu'elles pensent avoir changé de planète. Si la narratrice est l'une des rares à chercher à comprendre la situation, aucune réponse ne sera apportée, jusqu'aux derniers mots du livre, déroutants, qui confirment ce sentiment d'abandon et cette atmosphère unique.
Face au succès de ce roman de science-fiction, le recueil de trois nouvelles Des femmes imaginaires permet de mieux cerner la personnalité de Jacqueline Harpman. En quarantaine, texte autobiographique, relate un épisode décisif de l'adolescente juive réfugiée pendant la Seconde Guerre mondiale à Casablanca. Dotée d'une intelligence plus « raffinée » que ses camarades, elle se voit accusée de propos antipatriotiques par une fille peu futée. La terrible punition qui s'ensuit la marquera pour toujours et la renforcera dans ses convictions contre l'injustice et pour la droiture intellectuelle. La seconde nouvelle est une illustration de l'écrivaine au travail, qui construit un récit comme un feuilleton au gré de son imagination, tout en apportant un regard critique sur ses idées et la cohérence du propos. On y découvre une Jacqueline Harpman attachée à la pure fiction, qui ne peut se contenter du réel dans son processus d'écriture. Enfin, Dans les Ardennes est un texte acéré, troublant dans sa ressemblance avec Moi qui n'ai jamais connu les hommes. Sans datation précise mais vaguement localisé « dans les Ardennes », on y suit un groupe de trente-sept personnes (presque quarante...) postées dans ces montagnes, par qui ? Pourquoi ? Encore une fois, aucune explication ne sera fournie à l'errance des personnages, abandonnés peut-être mais surtout soumis au temps qui passe, fait vieillir les visages des camarades et, par de cruelles ellipses, décime ce groupe.
L'inquiétude de l'écrivaine se glisse entre deux pages de ce court recueil : « et dans deux générations, si j'ai de la chance, un roman traînera dans la bibliothèque chez un de mes arrière-petits-enfants, jauni, desséché, prêt à s'effriter si on le touche » : non, l'oubli est loin d'être de mise pour cette fascinante autrice.