Chronique On dirait que je suis morte de Jen Beagin

Léopoldine Raynal Librairie des Abbesses (Paris 18e)

Une épopée drôle, intelligente, terriblement humaine, qui vous fera passer du Massachusetts au Nouveau-Mexique et vous fera rencontrer des personnages dont les visions du monde ne pourront vous laisser de marbre.

L’ambivalence du titre, à la grammaire bancale, est une belle façon de laisser entendre les tiraillements que Mona, personnage principal de cette histoire, subit. On dirait que je suis morte peut s’entendre à la fois comme « je crois, j’ai l’impression que je suis morte », et « si on disait que je suis morte, et qu’on m’oubliait ». En effet, Mona se sent dépassée par sa vie qu’elle passe entre les ménages la journée et une association de bénévoles le soir, où elle distribue des seringues neuves à des toxicomanes. Elle n’a pas d’envies et plus franchement d’espoirs, se sent un peu comme morte. Faire des ménages est une façon pour elle de nettoyer la vie des autres plutôt que de s’attaquer à la sienne, mais aussi une manière de remplir ses poches d’anxiolytiques et autres cachets qu’elle peut trouver dans les tiroirs de ses clients. Puis elle rencontre Monsieur Dégoûtant, un soir, dans son association. Il n’a plus de dents, est assez répugnant, mais il a toujours un livre sur lui et il la considère. Chaque soir, elle espère le voir arriver. Lui commence à faire attention aux vêtements qu’elle porte, se demande ce qu’elle va pouvoir lui dire pour le retenir un peu plus longtemps et ne pas échanger avec lui qu’une seringue. Une histoire commence, sinueuse mais enrichissante. Jusqu’au jour où Monsieur Dégoûtant disparaît. Est-il mort ? Mona décide alors de partir au Nouveau-Mexique dans une petite ville dont il lui avait parlé et où il pensait qu’elle serait bien. Elle recommence une vie, rencontre de nouvelles personnes hautes en couleur qui la bousculeront dans ses croyances. Pour son premier roman, Jen Beagin questionne la raison et l’utilité de nos vies. Il émane de ses propositions de réponses une véritable fraîcheur, presque un vent de pureté. Une bouffée d’air qui remue !

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