Chronique L’homme est un dieu en ruine de Kate Atkinson

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Léopoldine Jonnet Librairie Gutenberg (Issy-les-Moulineaux)

Se lisant indépendamment d’Une vie après l’autre (Le Livre de Poche), le deuxième volet de Kate Atkinson sur la Seconde Guerre mondiale, met en scène Teddy, un autre membre de la famille Todd. Un régal. Le livre a remporté le prestigieux Costa Novel Award.

Dès son premier roman, Dans les coulisses du musée (Le Livre de Poche), Kate Atkinson surprenait par sa narration singulière, qui jouait avec les personnages et le lecteur. Une vie après l’autre (Le Livre de Poche) s’inscrivait dans la même démarche. Elle y faisait vivre et mourir plusieurs fois son héroïne, Ursula, un peu à la manière du film Un jour sans fin. Cette fois, le passé et le présent s’entremêlent. La vie de chaque membre de la famille Todd nous est racontée, pêle-mêle, dans un fourmillement d’époques, de générations, de relations humaines. Une déconstruction narrative parfaitement maîtrisée et passionnante. Durant la guerre, Teddy a à peine 20 ans et est pilote d’un bombardier. Il est respecté pour sa maîtrise de l’appareil et l’attention qu’il porte à son équipe. Il en sort vivant, se marie, a une fille – qui le déteste et devient une écrivaine de renom – et des petits-enfants – qui trouvent en lui l’amour qu’ils ne trouvent pas chez leur mère. Il est ce « dieu en ruine » dont parle Emerson dans La Nature (Allia), et que nous rappelle Kate Atkinson dans son magnifique titre. Il est celui qui est miraculeusement rescapé de la guerre, celui qui a vécu, qui a eu le choix, qui a pris des décisions. Mais il est également celui qui se retourne sur son passé, qui se pose des questions et que ses erreurs, si flagrantes aujourd’hui, chagrinent. Car si ce livre parle de la guerre et de ceux qui l’ont vécue, il parle aussi des ombres qu’elle a laissées sur les générations suivantes, qui sentent dans les silences de leurs parents des traces terribles du passé. Le retournement final, comme un clin d’œil au premier roman, remet en question l’ensemble du livre, replace l’auteure au sein de son texte, tel un « dieu en ruine » inventant et créant ses personnages sans les maîtriser réellement.

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