Dossier Nocturne d’un chauffeur de taxi de Collectif

  • Collectif
  • Traduit du coréen sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
  • Philippe Rey
  • 28/11/2020
  • 240 p., 17.50 €

CAROLINE CLÉMENT, Librairie Coiffard, Nantes

Traduits régulièrement depuis une dizaine d’années, les auteurs coréens occupent une place grandissante dans l’édition française. Une littérature foisonnante, dynamique et pourtant méconnue ; ou comment porter son regard au-delà du Japon, en deçà de la Chine, sur une région de l’Asie encore largement ignorée.

Hwang Sok-yong, Lee Seung-u, Yi In-seong, Eun Hee-kyung, Jeong Yi-hyun... Peut-être faudra-t-il répéter ces noms de nombreuses fois encore avant de mémoriser leurs sonorités. Peut-être faudra-t-il faire cet effort avant de s’immiscer, graduellement, dans une littérature qui nous est encore bien étrangère. La littérature coréenne, florissante, avide, dynamique, nous arrive comme une vague ; vient à notre rencontre, presque soudainement. Depuis une dizaine d’années, les traductions, discrètement, affluent, et les éditeurs sont de plus en plus nombreux à porter cette littérature. Ainsi Zulma avec La Vie rêvée des plantes et Ici comme ailleurs de Lee Seung-u ; Picquier avec Séoul, vite, vite !, anthologie de nouvelles contemporaines, ou encore Princesse Bari de Hwang Sok-yong, auteur majeur préoccupé par les grands moments de l’histoire politique et sociale de son pays ; mais aussi les éditions Serge Safran avec Le Vieux Journal de Lee Seung-u, auteur phare également, inspiré par Gide, Kafka, Dostoïevski ; et plus récemment les éditions Decrescenzo, qui ont pris le parti de se consacrer intégralement à la Corée et publient romans et micro-fictions qui prennent appui sur Keulmadang, une revue destinée à la découverte et à l’analyse de la Corée à travers sa production littéraire, poétique, cinématographique, dessinée. Loin de l’engouement spontané suscité en Occident par une littérature japonaise désormais internationalement connue – et le succès d’Haruki Murakami a été, à ce titre, un moteur –, la littérature coréenne reste encore, pour les lecteurs français, à défricher autant qu’à déchiffrer. Après le Japon, la Chine, le Vietnam, se familiariser encore avec l’Asie, donc. Plus précisément. Plus finement. Et passer par la langue, la traduction. Combattre le régime autoritaire. Marquer le profond différend idéologique entre le Nord et le Sud. Se pencher sur les effets de la démocratisation de la Corée du Sud. Dénoncer les injustices sociales, les abus de pouvoir. Décrire l’avènement de la société de consommation, l’économie capitaliste, la montée de l’individualisme. Tels sont les thèmes aujourd’hui abordés. Kim Ae-ran, une des figures de proue de la jeune génération, née en 1980, s’éloigne de la douloureuse histoire de son pays et axe son dernier roman, Ma Vie palpitante, sur une trajectoire individuelle, celle d’un adolescent malade frappé de vieillissement prématuré et déjà confronté aux adieux qu’il doit faire à ses parents. Un texte intime et sensible écrit par une femme et révélateur de la vitalité de la littérature féminine en Corée. Les femmes sont nombreuses en effet, comme en témoigne le recueil de nouvelles édité par Philippe Rey, Nocturne d’un chauffeur de taxi, reflet des évolutions de la société coréenne et de ses contradictions. « En Corée, on “ entre en littérature ” non pas grâce à un premier roman, mais avec une nouvelle […]. Si bien qu’à la différence de la France, ce genre narratif y est devenu un art majeur », précise-t-on dans la préface de l’ouvrage. Paul Yoon, Américain d’origine coréenne, est également un nouvelliste. Les histoires réunies dans Autrefois le rivage se déroulent sur une petite île au large de la Corée du Sud. Divisé, le pays reste secret et fermé au Nord. Si le roman nord-coréen Les Amis, de Baek Nam-ryong, paru chez Actes Sud, est le seul à avoir été traduit en France, les journalistes et auteurs français se chargent de rapporter images et textes de leurs voyages au-delà de la frontière. Après Pyongyang de Guy Delisle, édité par L’Association en 2003, Delcourt présente La Faute, roman graphique signé Michaël Sztanke et Alexis Chabert, où l’on retrouve l’omniprésence de la propagande et la misère économique dans l’un des lieux les plus fermés de la planète.

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