Chronique De Révolution en République de Mona Ozouf

Caroline Clément Librairie Coiffard (Nantes)

Mona Ozouf, historienne, philosophe, spécialiste de la Révolution française et de l’école républicaine, publie ses œuvres complètes en « Quarto », chez Gallimard. De Révolution en République, les chemins de la France est l’accomplissement d’une vie de recherches. Dessin d’une France. Portrait d’une femme en regard.

Mona Ozouf est depuis toujours fascinée par la Révolution française. C’est une énergie déployée ; un mouvement guidé par l’utopie ; un peuple porté par la volonté politique révolutionnaire, voué à faire table rase du passé et inspiré par la création d’une société nouvelle. Comment est née l’idée républicaine ? Comment s’est-elle affirmée ? Existe-t-il plusieurs identités en son sein ? Que sont les communautarismes et comment conjuguer particularismes religieux, régionaux et sociaux ? Des questions auxquelles l’auteure, intéressée par l’« affrontement entre l’universalité française et la particularité bretonne », se consacre avec ferveur, ouvrage après ouvrage, depuis des années, travaillant notamment aux côtés des historiens Jacques Ozouf et François Furet. Mona Ozouf a codirigé le Dictionnaire critique de la Révolution française (Flammarion), mais elle a signé également La Fête révolutionnaire (Folio histoire), L’Homme régénéré (Gallimard), Le Siècle de l’avènement républicain (Gallimard), Varennes (Folio histoire), ou encore Composition française (Folio). « Si les écrits de Mona Ozouf ont pu infléchir significativement la recherche, c’est sans doute qu’ils reposent sur l’érudition et un solide travail de terrain », commente Yann Fauchois, membre fondateur de l’Institut Raymond Aron. Philosophe de formation, à l’accent psychanalytique parfois, Mona Ozouf rend compte, avec ce volume, de l’ampleur de son œuvre. Réunir ses textes, dans leur intégralité ou non, les agencer, y adjoindre des analyses, des réflexions, les introduire par une large présentation autobiographique, c’est bien un aboutissement, mais c’est surtout la possibilité d’un éclairage supplémentaire, actualisé, essentiel à notre époque, et libre dans sa résonance. « La France que dessine ce livre semble se dérober à nos yeux. » souligne l’auteure. « L’idée révolutionnaire a cessé de déterminer nos choix et nos affrontements. En perdant ses ennemis, la République a perdu la ferveur militante que lui donnaient leurs anathèmes. L’école, hier dépositaire de l’identité nationale, est aujourd’hui l’objet d’un profond désarroi. » De Révolution en République, les chemins de la France est une somme. Comment estimer sa portée et entendre que sa force provient de la singularité d’une femme, mue par son double attachement à la France républicaine et à sa naissance bretonne ? « J’aimais l’école et j’aimais la maison. Je souhaitais obscurément n’être infidèle ni à l’une, ni à l’autre. Je trouvais seulement le monde boiteux. Et dans l’inconfort qui en résultait, je me rends compte aujourd’hui que mes curiosités ont pris racine. » C’est une aubaine pour nos contemporains de pouvoir lire un texte à la pensée éclatante, au verbe brillant, à la plume lumineuse. L’avènement de ce précieux volume est une forme de joie. Mona Ozouf y suggère le possible mariage de l’un et du multiple : « Concilier l’unité de l’humanité avec son infinie diversité. » C’est exactement ce qu’elle incarne.

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