Chronique Néo-libéralisme(s) de Serge Audier

Par Valérie Wosinski

C’est une somme impressionnante de rigueur et d’exhaustivité que livre Serge Audier. Il met ainsi au jour la complexité que recouvre le terme néo-libéralisme, souvent ignorée par ses propres thuriféraires.

Deux événements historiques sont traditionnellement désignés comme marquant la naissance du courant néo-libéral : le colloque Lippmann de Paris en 1938 et la création de la Société du Mont-Pèlerin en Suisse en 1947. Réunions d’économistes qui entendaient lutter contre la domination intellectuelle du keynésianisme, ces deux moments de l’histoire économique n’ont cependant pas été l’expression d’un consensus théorique entre ses participants. Bien au contraire. Et c’est tout l’objet de la démarche généalogique de Serge Audier de montrer qu’entre les positions ultra-libérales de Friedrich Hayek et celles de Rueff, Allais ou Courtin, on a pu à raison parler d’un écart « abyssal » . Les interprétations varient également entre ceux qui voient dans le néo-libéralisme une rupture vis-à-vis du libéralisme classique et ceux qui le pensent au contraire comme son parachèvement. Il est donc nécessaire de regarder de près les textes et de ne pas faire d’une vague idée un fourre-tout intellectuel, faute de quoi l’analyse de la crise actuelle manquerait son objectif. D’autant que s’ajoute à cela une dimension politique (notamment les politiques de Reagan et Thatcher dans les années 1980) face à laquelle certains penseurs néo-libéraux restent eux-mêmes sceptiques. Il y a donc le conservatisme, le néo-conservatisme, le libertarisme, le néo-libéralisme, chacun n’étant pas une étiquette de convention mais bien la marque de réalités réellement différentes. À manquer ces distinctions, on passe à côté des véritables problèmes. Il n’y a pas un mais des néo-libéralismes. Cependant, ce sont bien les idées de la mouvance incarnée par Hayek et Friedman (l’École de Chicago) qui sont la cause de la situation actuelle, avec pour résultat la mise sous tutelle du politique par l’économique. Car cette frange radicale du néo-libéralisme se conjugue avec un conservatisme politique à la fois anti-solidariste et anti-démocratique. Ces effets ne sont pas accidentels mais voulus et, pour la pensée néo-libérale, non négociables.

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