Chronique L’Invention de la violence de Laurent Mucchielli

Par Valérie Wosinski

À contre-courant des refrains alarmistes sur une violence omniprésente, Laurent Mucchielli démontre que le problème n’est pas tant la délinquance que les choix politiques de société qui se cachent derrière son exploitation.

Les chiffres, c’est pratique : on peut faire ce qu’on veut avec. Et en martelant sans cesse la même information, sur des tons différents mais concordants, on en vient à obtenir l’effet visé : faire passer des vessies pour des lanternes. Ou les banlieues pour des zones de non-droit. Ou les immigrés pour des délinquants… Le grand mérite de Laurent Mucchielli, spécialiste de ces questions, c’est de donner à comprendre comment les approximations, déformations, manipulations de données peuvent servir un certain type de discours politique. Résumons-le : nous vivons dans une société ou croît l’insécurité, venant principalement des jeunes issus de l’immigration. Remettons les choses à leur place : l’insécurité est en baisse constante depuis des décennies. Nous vivons dans la société la plus sûre de notre histoire. Quant à la part des étrangers impliqués dans la délinquance, elle est passée de 14 % des personnes poursuivies à la fin des années 1970 à environ 10 % aujourd’hui. Et s’il fallait se pencher sur un aspect méconnu de la criminalité, ce serait plutôt sur celle des élites (les malversations financières, contrairement aux déclarations de bonnes intentions, sont moins poursuivies et moins punies qu’auparavant), largement plus discrètes. Ceci étant posé, quelles conclusions L. Mucchielli tire-t-il de ces données ? Que notre société évolue vers une judiciarisation de plus en plus poussée. Celle-ci n’est pas nocive en soi, mais elle affaiblit les capacités de régulation des conflits au sein de la société. De plus, le recours automatique à la Justice gonfle artificiellement les chiffres des délits, entretenant à nouveau la spirale sécuritaire. Qui plus est, notre société est de plus en plus ségrégée. Les mêmes territoires cumulent les handicaps économiques, culturels et sociaux. Ceux-ci, à la marge, finissent par se refermer durablement sur eux-mêmes. Plutôt qu’au maintien de l’ordre public, c’est bien à celui d’un certain ordre social que contribue le discours politique et médiatique sur l’insécurité.

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