Dossier Incertaines demeures de Gaspard Lion

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Florence Zinck Librairie Sauramps (Montpellier)

Mal logement, instabilité salariale, solitude et exclusion sociale, autant de vécus pour décrire ce qu’est la précarité. Au-delà de ces constats, des réflexions socio-anthropologiques s’imposent pour aborder la notion du comment être « chez soi » dans ces demeures incertaines.

Trois ouvrages se consacrent à la question. Par des témoignages percutants, Gaspard Lion, doctorant à l’EHESS, nous offre, à travers son enquête Incertaines demeures, un regard novateur sur les formes non ordinaires de logement en France. Il donne la parole à ceux que l’on refuse d’écouter habituellement, pour mettre à distance des stéréotypes. Toutes choses qui permettent le décentrement du regard sur ces « individus tous inclus quelque part ». Dans cette « ethnographie multisituée », le sociologue rend visible les rapports qui se font entre un être humain et son habitat, localisé sous la forme d’une cabane dans les bois de Paris, celle de Germain ou Fred, les plus anciens du lieu, du camping comme bouée de sauvetage, de la tente de Noah et des autres au cœur de Paris, soutenus par l’action de Médecins du monde et des Enfants de Don Quichotte. Tous ces témoignages soulignent l’importance de l’existence de la cohabitation, qui contribue beaucoup au maintien de l’intégrité de leur personne. C’est par la narration de fragments de vie de jeunes gens, que les deux journalistes Sophie Brändström et Mathilde Gaudéchoux (prenant la suite du webdocumentaire réalisé en 2013), complètent cette réflexion dans l’ouvrage Ma vie à deux balles. Chacun des jeunes interviewés offre sa propre définition de sa « débrouille », de sa trajectoire, en réalisant des projets et des astuces qui donnent du sens à son existence, en préservant sa liberté et sa créativité. Sur les murs du métro parisien, nous pouvons lire aujourd’hui, le slogan managérial « jaimemaboite.com », connectés via Internet à notre « livebox », des week-ends nous sont proposés par l’intermédiaire des « smartbox » ou « wonderbox ». Nous ne pouvons nous empêcher de penser à l’utilisation excessive du mot « box », qui s’inscrit dans ce que l’écrivain et éditeur Éric Hazan dénonçait avec la Lingua Quintae Respublicae (LQR et raisons d’agir), cette novlangue qui vide les mots de leur sens et fait accepter l’inacceptable. C’est dans cette perspective que s’inscrit le livre La Vie en boîte de la journaliste Catherine Rollot (paru dans la collection dirigée par Pierre Rosanvallon « Raconter la vie »). Pendant un an, l’auteure s’est immergée dans la vie de la société Box Avenue sur le site de Thiais, en banlieue parisienne. Par de courts récits, elle décrit des « expériences de garde-meuble » occasionnées par un déménagement, un décès, les joies et les peines de l’existence, la précarité… Pour chaque personne, le box est le réceptacle de ce qu’elles veulent garder, « elles transfèrent leur affect dans leurs affaires ». Dans Espèces d’espaces (Galilée), Georges Perec s’interrogeait : « À partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre ? » Ces trois ouvrages, à leur manière, y apportent une réponse personnelle. Aux marges de l’actualité, cette contre-information s’avère nécessaire, pour permettre « aux lucioles de briller encore au cœur des nuits surveillées ».

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