Polar

Fred Vargas

Une unique lueur

✒ Nathalie Sarles

(Librairie Paroles, Saint-Mandé)

Dans ce nouvel opus de la série Adamsberg, Fred Vargas nous réjouit à nouveau par son talent de conteuse et son humour. De Paris et ses rues historiques à Los Angeles et ses saveurs nouvelles, celui qui gratte quand ça le démange, le « pelleteux des nuages » enquête avec son équipe de la BC13. Un vrai bonheur !

Allez-y, n’hésitez pas, foncez ! Adamsberg, prénom Jean-Baptiste, que l’on suit, que l’on aime depuis plus de trente ans, est enfin de retour. Pour tout vous avouer, j’avais cru perdre ce cher ami flic, originaire du Béarn, en lisant la dixième aventure de la série sortie en 2023, Sur la dalle. Mais avec Une unique lueur, l’autrice, archéozoologue et médiéviste (la géniale série Les Évangélistes sortie dans les années 1990 montre déjà ses talents de romancière-historienne), retrouve toute sa vivacité. Elle nous entraîne, comme souvent mais avec encore plus de radicalité, dans les méandres du cerveau de ce chef d’équipe hors du commun. Une plongée de chaque instant dans une matière grise complexe et parfois embrumée où une connexion après l’autre, les neurones du commissaire, et les nôtres, palpitent durant 520 pages. Paris, décor choisi pour plusieurs enquêtes de la série, retrouve la première place : 2 heures du matin, une jeune femme très belle est retrouvée rue Monsieur-le-Prince, poignardée en plein cœur et déposée avec délicatesse sur le bitume, un bouquet d’ancolies bleues à ses côtés. Yeux bleus comme ces fleurs étoilées, veste de tailleur au motif pied-de-poule, bas consciencieusement recouverts par une jupe. Aucune agression sexuelle. Adamsberg qui erre dans le quartier lors de la découverte du corps récupère l’enquête. Mais quelque chose titille ses pensées vagabondes, un semblant de déjà-vu. Et ce n’est que le début. Toute la brigade se met au travail dans cette antre du 13e arrondissement où chacun a ses habitudes. Nous retrouvons avec plaisir ces personnages haut en couleurs : Danglard, l’érudit, Veyrenc, l’ami précieux et Béarnais de surcroît, Rétancourt, l’intrépide, Estalère, le roi du café préparé avec soin, pour ne citer qu’eux, et le Nouveau, le brigadier Rivière, très vite couvé par Froissy, informaticienne mais aussi mère nourricière des hommes, des chats et des oiseaux. Sans oublier Marcus Leroy, lieutenant au Bastion du 36, que le commissaire a sauvé d’une noyade dans une autre vie et qui doit « jonctionner ». L’humour revient en force dans ce texte, un parfait mélange d’absurde et de sensibilité douce. Les dialogues sont ciselés, truculents, emplis de références historiques et de légendes urbaines que Fred Vargas se plaît à nous servir au fil de son œuvre. Cette amoureuse des mots manie avec talent la confusion des pistes, les primo, secundo, tertio... Elle nous fait marcher sur les sentiers égarés de l’esprit, retrouver le réel sordide au coin d'une rue pour tomber ensuite sur « El Desdichadoé, un sonnet de Gérard de Nerval. Et lorsqu’on s’envole vers Hollywood à la recherche du créateur du sifflet d’or offert par Humphrey Bogart à Lauren Bacall, Adamsberg y rencontre des Américains so friendly. Il est là, attentif et ailleurs, fouille les « trucs qui le chiffonnent sans arrêt », gratte encore. Ce polar est un très bon cru. Vivement la douzième aventure de cette équipe qui, je l’espère, va encore se bonifier avec l’âge. « Hang on and go on ».

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