Chronique Le Turbulent destin de Jacob Obertin de Catalin Dorian Florescu

Philippe Poulain Librairie L’Atelier (Paris 20e)

Où il sera question des origines de chacun et de tout un peuple, ou comment se dépêtrer de ses liens au père, à travers guerres, déportations, pertes d’identité et autres tempêtes de l’Histoire. Le tout conté avec brio par un Roumain germanophone émigré en Suisse.

Pour un turbulent destin comme celui de Jacob, pas moins de deux naissances sont nécessaires. Mais qu’il survienne dans une charrette pleine de fumier ou dans un appartement cossu en ville, l’accouchement se déroule grâce à la main et la magie d’une matrone tzigane. Dans le premier récit, le marmot pue tant que le père peine à l’accepter pour sien ; dans le second, le bébé se met à rire comme un diable, provoquant la colère de son père qui croit que l’enfant se moque de lui. Après ses deux naissances, le narrateur doit se choisir un destin. Et d’abord remonter plusieurs fois l’Histoire, comme on démonte une montre pour en comprendre le mécanisme. Ainsi trouvent place, subtilement emboîtées dans le roman, les histoires de Caspar le mercenaire de la guerre de Trente Ans, puis de Frédéric, qui émigra de Lorraine pour venir coloniser les terres du Banat, province de Roumanie. L’histoire la plus légendaire demeure cependant celle du père de Jacob, apparu tel un diable une nuit d’orage en 1924. C’est autour de ce père que se tressent les fils de la réalité à ceux de l’Histoire, lui qui a usurpé une identité pour s’octroyer les biens de son épouse, lui qui, selon son humeur, décide ou non de reconnaître son fils. Fuyant ce père dépeint comme un ogre prêt à tout pour posséder plus, le malingre Jacob trouve auprès des morts enfouis dans leurs caveaux (dont il s’emploie à blanchir les os avant de les ensevelir à nouveau) une présence salvatrice. Après nombre de déconvenues, la guerre faisant place à la dictature communiste, Jacob « se décide à aimer » enfin (c’est la traduction du titre original) : il se met à rire comme à sa seconde naissance et à construire pour son père et lui, dans la province aride où l’Histoire les a relégués, « une maison au bout du monde ».

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