Chronique Sous les bombes de Gert Ledig

  • Gert Ledig
  • Traduit de l’allemand par Cécile Wajsbrot
  • Coll. «Coll. « Z/a »»
  • Zulma
  • 02/05/2013
  • 224 p., 8.95 €

Philipe Poulain Librairie L’Atelier (Paris 20e)

Bon nombre de maisons d’édition ont aujourd’hui leur collection de poche. Ainsi des « Cahiers rouges » créés en 1983 chez Grasset, « Titres » chez Christian Bourgois ou, plus récemment, « Piccolo » pour Liana Levi, « Suites » pour Métailié, « Souple » de Tristram. Zulma s’y est mis à son tour et affiche à son catalogue quatre titres dont Sous les bombes, paru en 1956, de l’Allemand Gert Ledig.

« 13h01, heure d’Europe centrale. » Ainsi démarre l’action du roman Sous les bombes publié une première fois en 1956, pour se terminer à 14h10 deux cent dix pages plus tard. Dans l’intervalle, une heure et neuf minutes de bombardements incessants. Une ville d’Allemagne, entre Elbe et Rhin, pilonnée par l’aviation américaine. Au sol, des soldats, un lieutenant amputé de la main droite, un aspirant sanguinaire, des canonniers, un radio qui refuse de dire la vérité aux mères, et parmi les civils, un médecin sans intégrité, un vieux couple dont les deux enfants sont morts « au champ d’honneur », un prêtre qui mourra carbonisé, une jeune fille – sa couleur préférée était le bleu – qui sera violée sous les décombres, un professeur affligé d’un pied bot tentant de retrouver épouse et fils, une femme qui se souvient avoir été heureuse trois semaines avant son mariage – c’était à l’été 1914. Dans les airs, plus pour longtemps, quelques soldats de l’US Air Force, les premiers du livre à être nommés : le sergent Strenehen, le capitaine Lester, le simple soldat Ohm, un Noir. Le sergent a « volontairement déversé toute notre saloperie sur le cimetière », le capitaine attend une explication. L’avion du sergent Strenehen est touché par la DCA et projeté au sol au cœur d’un champ de barbelés ; le pilote se retrouvera pour le reste du roman cul nu, contraint de faire face aux Allemands, civils ou militaires, et de risquer sa vie selon leur degré de compassion ou de sadisme. Ce personnage de sergent américain, Gert Ledig s’en sert comme d’un composant chimique pour tester les qualités et aptitudes des autres molécules. Car rien n’est fixé, tout peut être décidé selon le libre-arbitre de chacun. La lecture du roman opère sur plusieurs lignes de front. D’une part, treize chapitres composés de courtes scènes et de beaucoup de dialogues qui conduisent le lecteur d’un groupe à l’autre. L’ensemble se présente sous la forme d’un montage alterné très cinématographique, où se jouent évolutions et altérations des caractères à travers meurtres, tortures, dénonciations et quelques rares insoumissions. Ensuite, les images d’apocalypse, corps déchiquetés, immeubles effondrés, terre brûlante, survol sans interruption des bombardiers auquel répondent les tirs des canonniers. Enfin, ouvrant chaque chapitre, une brève notice biographique qui concerne un personnage déjà rencontré. Excepté quelques scènes chorales, il est toujours question avec Ledig d’êtres humains, d’individus responsables, non de milliers ou de centaines de milliers de victimes ou de bourreaux. En 1956, alors que son précédent roman avait connu un succès mondial, Sous les bombes reçut un « accueil plus que réservé », signale la traductrice Cécile Wajsbrot dans une éclairante postface. Lorsqu’il reparaît en 1999, cinquante-cinq ans après les événements décrits et quelques semaines après la mort de l’auteur, les consciences à l’échelle européenne sont prêtes. Elles le sont aussi pour accepter le titre allemand du roman, Vergeltung, « Représailles ».

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