Chronique Rendez-vous avec Lucian Freud de Geordie Greig

Philippe Poulain Librairie L’Atelier (Paris 20e)

Une fois lu ce livre, on a l’impression de tout savoir de la vie sentimentale et sexuelle de Lucian Freud, mais pas grand-chose de ses peintures. Or, connaître la relation que l’artiste entretenait au sexe explique son travail, corps à corps incessant avec la figure de l’autre.

Geordie Greig découvre adolescent la peinture de Lucian Freud. Devenu journaliste, il a longtemps cherché à le rencontrer. En 2002, il se voit invité régulièrement à assister au petit déjeuner que le peintre prend tous les matins dans un restaurant londonien, accompagné de David, son fidèle assistant et dernier modèle. Participer à ce rituel une dizaine d’années durant, jusqu’à la mort de Freud en 2012, lui permet de connaître le peintre au quotidien, son caractère, ses sentiments, son idée de la peinture, ses souvenirs depuis son enfance en Allemagne. « Sa conversation était riche et informelle, anecdotique et parfois profonde. Elle pouvait passer des affreux petits gâteaux aux couleurs vives de la nouvelle pâtisserie à quelques pas de là à son dernier tableau ou à ses lettres préférées de Flaubert. Jamais il ne se vantait de ce qu’il faisait ou de ceux qu’il avait connus. » Ayant toujours refusé de livrer une biographie autorisée, Freud avait accepté que Geordie l’enregistre et commence à publier des extraits dans des journaux. C’est après la mort du peintre que le livre prit la forme d’une « vision personnelle de sa vie et de son œuvre ». Pour le composer, l’auteur a rencontré nombre des proches du peintre, maîtresses, enfants, galeristes, amis, collectionneurs. Ainsi peut-il évoquer avec empathie et distance à la fois la trajectoire de l’un des plus grands peintres du siècle dernier, dont l’œuvre est principalement constituée de portraits, le plus souvent de ses familiers, le plus souvent posant nu(e)s. Plusieurs chapitres portent sur les femmes, à la fois muses, modèles, amoureuses, dont certaines devinrent de véritables obsessions, le peintre ayant du mal à rompre une relation, comme il peinait à terminer les séances de pose. C’est sur cette observation prolongée des êtres que Freud a créé son langage, s’inscrivant dans la tradition de Rembrandt et Ingres, dialoguant aussi avec Bacon, dont il était l’ami. « Je m’intéresse à eux en tant qu’animaux. C’est en partie pour cela que j’aime travailler sur leur nudité. Parce que je peux voir plus : voir les formes qui se répètent à travers le corps et souvent dans la tête aussi. Une des choses les plus excitantes, c’est de voir à travers la peau, jusqu’au sang, aux veines et aux marques. »

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