Chronique Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty

Noémie Vérot Librairie Rive gauche (Lyon)

Cette étude inédite consacrée aux inégalités économiques s’étend sur trois siècles et vingt pays. Le projet colossal mené par Thomas Piketty a pu aboutir grâce à la création d’une base de données gigantesque.

Le jeune économiste français Thomas Piketty s’est forgé une solide réputation en publiant des travaux relatifs aux inégalités de revenus (Les Hauts Revenus en France au xxe siècle, Grasset, 2001) et à la fiscalité (Pour une révolution fiscale, Seuil, 2011, avec Camille Landais). Il publie au Seuil un ouvrage qui fait déjà grand bruit ; une somme qui fait surtout déjà référence, Le Capital au xxie siècle, résultat de quinze années de travail et d’une fructueuse collaboration avec Camille Landais, Emmanuel Saez, Anthony Atkinson et de nombreux autres chercheurs de sa génération. Ce travail entrepris à partir des archives fiscales et patrimoniales n’a jamais été fait auparavant dans une telle ampleur. Il démontre que le système capitaliste favorise les rentiers plutôt que les travailleurs, c’est-à-dire celui qui n’est pas actif économiquement et qui ne favorise pas la croissance. L’un des intérêts de cet ouvrage est de dépasser le strict cadre individuel du salarié et de son patron, pour penser à l’échelle de l’entreprise, du pays, du monde. Comme le taux de rendement du capital dépasse le taux de croissance de la production et du revenu, les inégalités s’accroissent inexorablement. Le rentier sera toujours infiniment plus riche que le travailleur, parce que son patrimoine grossit beaucoup plus vite. Capitaliser est plus rentable que travailler, c’est mathématique. Et l’écart – de plus en plus insupportable – se creuse dans les mêmes proportions délirantes qu’au xixe siècle. Seules les deux guerres mondiales, parce qu’elles ruinaient le patrimoine accumulé par les rentiers et que la paix entraînait une forte croissance, ont jusqu’à présent réussi à briser – temporairement ! – l’irrépressible mécanique capitaliste. Pour Piketty, le seul instrument efficace contre l’accumulation des richesses est l’arme fiscale : un impôt progressif mondial sur le capital, ce qui implique une coordination entre les pays pour taxer les grandes fortunes. Il faut donc a minima une union politique européenne. Croire à une réduction naturelle des inégalités est un mythe… et la guerre ne saurait constituer une solution.

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