Chronique Pink Floyd en rouge de Michele Mari

  • Michele Mari
  • Traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro
  • Coll. «Coll. « Cadre vert »»
  • Seuil
  • 12/05/2011
  • 312 p., 22 €

NOÉMIE VÉROT, Librairie Rive gauche, Lyon

Pink Floyd, groupe rock planétaire. Le psychédélisme, le rock progressif, les concerts gigantesques (cochon volant, l’avion, les animations filmiques). Tout le monde connaît l’album à la vache, celui au prisme, celui du mur. Mais connaît-on l’histoire interne, ses aveux et refoulements ? Suivez l’enquêteur.

Il fallait, pour retracer l’histoire de ce groupe hors normes, un roman dont la forme même puisse rendre compte un tant soit peu de l’expérience qui a eu cours. Une forme étoilée pour instruire une sorte de procès de l’histoire du groupe et de l’énigme qui y préside. Les membres du groupe se confessent. Affublés d’épithètes animalières, chacun y va de sa version : Richard Wright, « l’homme rat », David Gilmour « l’homme chat », Nick Mason « l’homme chien », et plus tard, Roger Waters, « l’homme cheval », le bassiste, principal compositeur du groupe. « J’ai entendu ce que mes compagnons ont dit jusqu’à présent. Je ne veux pas me prononcer. Tout est vrai et tout est faux. Ce que j’avais à dire, je l’ai dit dans les chansons, ce n’est pas pour rien qu’on m’appelle le Lyrique. Mais il y a une chose que je veux dire ici, je ne sais pas pourquoi justement celle-ci, mais je dois… Le fait est que ce n’est pas moi qui décide ce qui est important… » Mais alors qui ? Ce qui sort de son cerveau vient d’une double absence : celle de son père mort à la guerre, en 1944, 165 jours après la naissance de Roger, et celle de Syd Barrett, son ami, fondateur du groupe, qui en fut le principal compositeur des débuts, parolier, chanteur, guitariste. On connaît l’histoire : abus de LSD, problèmes psychiatriques graves, Syd peut à peine jouer sur scène. Les Floyd engagent David Gilmour pour jouer sur scène à ses côtés, mais rapidement Syd ne peut plus jouer du tout et est exclu du groupe, en avril 1968. Gilmour, son ami d’enfance, prend alors complètement sa place. Une culpabilité demeure. Syd Barrett était l’âme du groupe. Michele Mari montre qu’en fait, il en restera le principal inspirateur plus ou moins avoué, pendant des années. S’il est le sujet évident de Shine on You Crazy Diamond, plusieurs morceaux auraient été inspirés, insufflés par lui, de manière plus ou moins consciente, plus ou moins occulte. Les bruitages sonores de Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict seraient la voix distordue de Syd… Absent majeur (Wish You Were Here) mais toujours présent, rôdant autour du groupe, s’insinuant dans la conscience de ses membres, dirigeant leur force créatrice.
D’autres témoins sont convoqués à la barre de Mari : les réalisateurs Kubrick (mais les Floyd refusèrent de faire la musique de 2001, l’Odyssée de l’espace), Antonioni (pour Zabriskie Point) et Alan Parker, réalisateur du film Pink Floyd. The Wall. Des producteurs (Alan Parsons), ingénieurs du son, journalistes spécialisés, d’autres stars (Bowie). Des voix vivantes ou d’outre-tombe, de personnages inventés (Arnold Layne, le gnome de The Piper at the Gates of Dawn). Malgré les succès planétaires de Dark Side of the Moon et The Wall, Mari insiste et les fait parler sur ce curieux et sombre diamant, ce prisme ventriloque qui chante en eux. Passionnant à lire, savant et sensible, Mari nous fait réécouter Pink Floyd en boucle et, surtout, nous les fait entendre autrement.

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