Chronique Présence de Arthur Miller

  • Arthur Miller
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina
  • Coll. «Coll. « Pavillons »»
  • Robert Laffont
  • 28/04/2011
  • 204 p., 18 €

VÉROT NOÉMIE, Librairie LUCIOLES, Vienne

D’une petite annonce écrite par un écrivain en panne d’inspiration à un texte de fiction, il n’y a qu’un pas que franchit allègrement Arthur Miller dans ces nouvelles inédites. Un livre doux et mélancolique peuplé d’une kyrielle de personnages tous plus attachants les uns que les autres, un livre à la recherche de l’essence du désir humain.

Arthur Miller n’est pas seulement le célèbre dramaturge américain qui a reçu le prix Pulitzer en 1949 pour Mort d’un commis voyageur, il n’est pas seulement le mari de Marilyn Monroe pour laquelle il écrivit le scénario des Désaxés… Arthur Miller est également un grand nouvelliste, comme en témoignent ces six brefs récits publiés pour la première fois en France. Chaque texte s’articule autour d’un personnage central dont Arthur Miller dresse un portrait précis et détaillé à la manière d’un peintre impressionniste, par petites touches successives très soignées. Le lecteur s’attache au personnage, connaît son passé, ses manies, ses angoisses, ses doutes. Miller le met en scène alors qu’il est tourmenté, sur le fil du rasoir, au cœur d’un dilemme à résoudre, d’un combat à mener. C’est ce qui le rend attachant et si proche de nous. Dans la seconde nouvelle par exemple, Miller raconte l’histoire d’Harold May, un danseur de claquettes des années 1930, déprimé parce que personne ne reconnaît la valeur de son art. Un jour, un mystérieux inconnu vient le chercher pour l’emmener jouer à Berlin dans le plus grand secret. Devant Hitler ! Hitler qui sera finalement le seul à le comprendre et à le valoriser, et qui lui proposera même de monter une école de claquettes à Berlin afin que tous les Allemands s’y mettent ! Mais Harold May est juif ! Imaginez l’ironie de la situation et les vertiges auxquels le malheureux Harold doit faire face. On retrouve la même idée dans la nouvelle « Les Castors », qui décrit les problèmes de conscience d’un homme découvrant son lac saccagé par un couple de castors. Il veut les éradiquer, mais il est en même temps complètement fasciné par leur beauté et leur ruse. Comment, se demande-t-il, peut-on considérer comme nuisible des animaux capables d’aimer ? Il est intéressant de voir que ces personnages dessinent en creux un portrait de l’auteur lui-même. Par exemple, la première nouvelle raconte l’histoire d’un jeune garçon juif de 13 ans qui répond à une annonce pour acheter un chiot. Il sort de son quartier, Brooklyn, pour rencontrer la maîtresse du chiot, avec laquelle il vit sa première expérience sexuelle. Miller, lui aussi, est né dans une famille d’immigrants juifs polonais appartenant à la classe moyenne de Brooklyn.


Si ce qui précède ne vous a pas convaincu, voici encore deux bonnes raisons de lire les nouvelles d’Arthur Miller : pour le connaître un peu mieux, pour le plaisir mélancolique et ironique que procure son écriture.

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